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Alain Juppé reconnaît que les essais nucléaires en Polynésie n'ont pas été "propres"

Un essai nucléaire photographié en 1971 à Moruroa, en Polynésie française

Un essai nucléaire photographié en 1971 à Moruroa, en Polynésie française - AFP photo (archive)

Si Alain Juppé "assume" les essais nucléaires effectués en Polynésie alors qu'il était Premier ministre, le candidat à la primaire de la droite a reconnu que les expérimentations atomiques avaient eu un "impact" environnemental et sanitaire.

L'ancien Premier ministre fait marche arrière. Alain Juppé a reconnu devant les associations anti-nucléaires, mercredi à Papeete, que les expérimentations atomiques menées entre 1966 et 1996 en Polynésie française avaient eu un "impact" environnemental et sanitaire, même si l'Etat a affirmé le contraire pendant plusieurs décennies.

La dernière campagne d'essais nucléaires - six expérimentations menées dans le Pacifique qui avaient suscité un tollé en France et à l'étranger, des émeutes avaient également éclaté en Polynésie - a été relancée en juin 1995 et a pris fin en janvier 1996, période durant laquelle Alain Juppé était le Premier ministre de Jacques Chirac.

"Il faut reconnaître que l'affirmation répétée pendant des années et des années selon laquelle les essais nucléaires ici étaient des essais propres était fausse", a déclaré le candidat à la primaire de la droite pour 2017 à l'AFP, après une rencontre avec une quarantaine de vétérans du Centre d'Expérimentations du Pacifique.

Alain Juppé "assume" les essais

"Ces essais ont eu un impact et ont toujours un impact sur l'environnement qui est préoccupant ; ils ont eu aussi un effet sur la santé des populations", a poursuivi l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. Il a déclaré cependant "assumer" la décision prise à cette époque.

Lors de son déplacement à Papeete en février, François Hollande avait lui aussi reconnu les "impacts" sanitaires et environnementaux des essais. Le chef de l'Etat avait également promis la révision des conditions d'indemnisation des victimes des 193 essais nucléaires, qui n'est toujours pas réglée. Seuls une vingtaine de dossiers sur un millier ont fait l'objet d'une indemnisation. Actuellement, la plupart des dossiers sont rejetés et moins de 2% des procédures aboutissent.

"Des contentieux qui ne sont plus supportables"

Les associations de victimes demandent la modification de la loi Morin, qui n'a permis d'indemniser qu'une poignée d'anciens travailleurs de Moruroa et Fangataufa, les deux atolls sur lesquels ont été réalisés les essais en Polynésie. Elles souhaitent en particulier supprimer la notion de "risque négligeable" contenue dans la loi.

"Cette règle du risque négligeable n'est pas aujourd'hui une bonne chose et donne lieu à la fois à des retards d'indemnisation, à des contentieux qui ne sont plus supportables", a déclaré Alain Juppé à l'issue de leur rencontre.

Les essais nucléaires, "un acte terroriste"

Le président de la principale association de vétérans a regretté qu'il n'y ait toujours pas eu de "pardon" après des essais nucléaires qu'il considère comme "un acte terroriste".

"Il y a encore cette attente-là que l'Etat français pose un genou à terre, et demande sincèrement, humblement, pardon aux Polynésiens", a déclaré le président de l'association Moruroa e tatou.

Des plaques noires sur le corps

Plusieurs vétérans ont témoigné de leurs souffrances devant Alain Juppé, en visite pendant quatre jours. Marius Chan, gendarme à Moruroa entre 1978 et 1981, a perdu un rein, souffre de maux de tête et voit des plaques noires se développer sur son corps, sans que le lien avec les expérimentations atomiques ne soit cependant officiellement prouvé. 

Un sujet toujours sensible en Polynésie. Cinquante ans après le premier essai, qui a eu lieu le 2 juillet 1966, près d'un millier de personnes se sont réunies à Papeete début juillet pour en dénoncer les conséquences.
C.H.A.