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Les fonctionnaires répondent aux "menaces" de Marine Le Pen

Marine Le Pen en meeting à Nantes dimanche 26 février.

Marine Le Pen en meeting à Nantes dimanche 26 février. - BFMTV

Empêtrée dans des affaires, Marine Le Pen s'en est prise aux fonctionnaires, qu'elle juge instrumentalisés, lors de son déplacement à Nantes dimanche. Les fonctionnaires, inquiets, dénoncent, eux, "l'agressivité" de la candidate.

Alors que son camp est visé par des enquêtes judiciaires, Marine Le Pen a tenu des propos cinglants envers le corps judiciaire et les fonctionnaires lors de son meeting à Nantes dimanche. 

"Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un personnel politique aux abois demande d'utiliser les pouvoirs d'État pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus, ou des cabales d'État, de se garder de participer à de telles dérives" a lancé la leader frontiste.

Une "montée en agressivité" de la candidate

La candidate a également lancé un avertissement très clair à l'égard des fonctionnaires qui, selon elle, œuvrent à faire émerger les affaires: ils devront rendre des comptes.

"Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l'élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L'État que nous voulons sera patriote", a-t-elle prévenu. 

Ces propos, considérés comme des attaques, ont fait bondir les fonctionnaires. Interrogée par RMC lundi soir, Clarisse Taron, la présidente du Syndicat de la Magistrature, ancré à gauche, a dénoncé la "montée en agressivité" de Marine Le Pen qui voit "l'étau judiciaire se resserrer autour d'elle". 

"Un mépris affiché pour la justice"

Dans un communiqué diffusé lundi, le Syndicat de la Magistrature a également dénoncé lundi "les manoeuvres de déstabilisation de la justice", de Marine Le Pen.

"Au mépris affiché pour la justice viennent de s'ajouter des menaces édifiantes: après avoir refusé de se rendre à sa convocation, Marine Le Pen promet, si elle accédait au pouvoir, de demander des comptes aux policiers et aux juges en guise de représailles", poursuivent les magistrats. 

Et de fait, Marine Le Pen s'en est directement pris à la magistrature dimanche, affirmant qu'ils étaient là pour "appliquer la loi", pas pour "l'inventer". 

"Est-ce que cela veut dire qu'il y aurait des sanctions?"

Même s'ils n'ont pas été cités, les syndicats de la police et des enseignants ont également fait savoir leur inquiétude. Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure a rappelé que les policiers étaient là pour "appliquer les lois". Le syndicat de policiers Alliance a lui aussi dénoncé lundi les "propos menaçants prononcés par une candidate à la mandature suprême." "Les policiers oeuvrent pour le sens commun et non pour des intérêts particuliers de quelconques officines", a ajouté le syndicat dans un communiqué.

Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU s'alarme son côté des menaces formulées par la candidate.

"Est-ce que cela veut dire qu'il y aurait des sanctions pour ceux qui feraient leur travail qui ne conviendrait pas à un tel ou un tel?" s'interroge-t-elle.

François Hollande est sorti de sa réserve lundi, affirmant qu'il "n'accepterait jamais que l'on puisse remettre en cause les fonctionnaires de notre République". Ministre de la Fonction publique, Annick Girardin, a tweeté: "Marine Le Pen s'assoit déjà sur l'Etat de droit. Les fonctionnaires doivent rester neutres: ni menace aujourd'hui ni embrigadement demain".

Les affaires qui pèsent sur le FN

Le Front national est touché par plusieurs affaires. Frédéric Chatillon, un proche de Marine Le Pen, patron de la société Riwal proche de Marine Le Pen, patron de la société Riwal, en affaires avec le FN, a été mis en examen mi-février. Il est soupçonné d'avoir accordé un crédit par Riwal au FN, via l'entremise du microparti de la candidate, Jeanne. La justice considère qu'il s'agit d'un financement politique par une personne morale, ce qui est interdit par la loi.

Parallèlement, l'affaire des emplois présumés fictifs des assistants des députés FN au Parlement européen, qui vise directement Marine Le Pen, s'est accélérée la semaine dernière avec la mise en examen de sa cheffe de cabinet, Catherine Griset. Les enquêteurs cherchent à savoir si le parti d'extrême droite a mis en place un système pour que le Parlement européen prenne en charge, via des contrats d'assistants parlementaires, les salaires de cadres ou d'employés du parti en France. Marine Le Pen a refusé d'être auditionnée dans cette affaire.

Maëva Poulet avec Christelle Rouxel.