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Le grand débat "a tenu ses promesses" selon ses garants

Une pancarte indiquant où se trouve le cahier de doléances de Cagnes-sur-Mer, le 20 décembre 2018. (Photo d'illustration)

Une pancarte indiquant où se trouve le cahier de doléances de Cagnes-sur-Mer, le 20 décembre 2018. (Photo d'illustration) - Valéry Hache - AFP

Malgré quelques réserves, les cinq garants chargés de veiller sur le déroulement du grand débat s'estiment satisfaits de l'exercice, dans un rapport publié ce mardi.

Le grand débat "a tenu ses promesses en permettant l'expression de très nombreux Français", faisant de cet exercice "un moment démocratique exceptionnel", estiment les cinq garants chargés de veiller à l'indépendance du grand débat, dans un rapport publié ce mardi

Mais l'exercice "ne sera réellement crédible qu'à la double condition qu'il soit bien suivi d'effets et que la richesse de ses résultats soit pleinement exploitée", insistent-ils. "Les dispositifs de consultations variés ont favorisé l'accessibilité et l'inclusivité du grand débat", juge le collège des garants, qui considère notamment que "la plateforme a constitué un outil fiable". Ils estiment également la restitution, faite lundi, "fidèle et loyale".

Même si la représentativité du grand débat est "limitée",- ce n'est pas un sondage, mais un "processus démocratique basé sur le volontariat"-, le grand débat a été "un moment de libération de parole saisi par les citoyens, et ne serait-ce que pour ça, c'est une réussite", a expliqué à l'AFP Guy Canivet. 

"Des thèmes plus circonscrits" recommandés

Pour les cinq garants, le grand débat "a confirmé la possibilité d'associer de façon plus systématique les citoyens à la décision publique". "Il a montré qu'il y avait une attente de participation à la prise de décision publique. C'est un changement de culture qui doit intervenir maintenant", a souligné Isabelle Falque-Pierrotin.

Si l'exercice devait être renouvelé, les garants préconisent de conserver une architecture mêlant plusieurs dispositifs (réunions d'initiatives locales, site internet, conférences thématiques, conférences citoyennes régionales, cahiers en mairie, stands itinérants, etc..) mais suggèrent "des thèmes plus circonscrits" pour "être traités en profondeur". 

Ils recommandent également de prévoir une durée de débat plus longue, des questions moins fermées, et préconisent qu'a minima, "l'exécutif indique dès le départ comment il entend réagir aux résultats de la consultation". "Il faut un cadrage, que l'enjeu soit clairement précisé, sinon c'est illisible", abonde Nadia Bellaoui. 

Ce lundi, cette dernière a émis deux réserves à l'issue de ce temps de consultation. Elle estime que les questions posées étaient "problématiques", "orientées" et leur formulation "binaire" et que la quasi-omniprésence d'Emmanuel Macron a pu "nourrir le doute sur la nature du grand débat". 

"Son et ses initiateurs doivent veiller à se mettre plus en retrait"

Les garants jugent d'ailleurs dans leur rapport que les "initiateurs (du grand débat) doivent veiller à se mettre plus en retrait de la démarche pour éviter que sa neutralité soit contestable". Ils avaient déjà déploré début mars les interventions répétées du président Emmanuel Macron et des membres du gouvernement dans la consultation, estimant que cela pouvait "susciter un doute sur la nature et l'objectif du grand débat" et "occulter la richesse de la prise de parole collective".

Au final, "on ne peut pas affirmer dans quel sens cela a joué", note Jean-Paul Bailly. Et "on ne perçoit pas, dans les modes d'expression publique, de pressions sur la libre expression des gens", a souligné Guy Canivet.
  • Qui étaient les garants?

Jean-Paul Bailly est un ancien patron de la RATP et de la Poste. Isabelle Falque-Pierrotin présidait depuis 2011 la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Nadia Bellaoui est la secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement. Guy Canivet a siégé de 2007 à 2016 au Conseil constitutionnel. Enfin Pascal Perrineau est un ancien directeur du CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris.

Avec AFP