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Les garants du grand débat exposent leurs réserves et dénoncent un manque de neutralité

Un cahier de doléances à la mairie de Cagnes-sur-Mer

Un cahier de doléances à la mairie de Cagnes-sur-Mer - AFP - Valérie Hache

Depuis plusieurs semaines les cinq garants du grand débat émettent des doutes quant à l'omniprésence de l'exécutif dans la consultation.

Alors qu'était organisée ce lundi, en présence du Premier ministre Edouard Philippe, la présentation du bilan du grand débat national lancé face à la crise des gilets jaunes, des doutes persistent.

Si le locataire de Matignon a estimé, au terme des trois mois de consultations, que ces débats indiquaient "clairement la direction à prendre: nous devons baisser, et baisser plus vite, les impôts", les garants de ce grand débat, au nombre de cinq, s'interrogent.

Nommés en février passé afin de veiller au bon déroulement de la consultation, ils avaient, déjà début mars, pointé du doigt les "interférences" et "l'influence" de l'exécutif dans les débats. Des propos renouvelés ce lundi, après que Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l'enseignement, a émis deux réserves.

En détail, elle estime que les questions posées aux Français étaient "problématiques", leur "formulation binaire" et qu'elles étaient "orientées." De plus, cette dernière souligne également que la figure d'Emmanuel Macron, omniprésent ces dernières semaines, a pu "nourrir le doute sur la nature du grand débat."

Souci de neutralité?

Ces interrogations ne sont pas nouvelles. Déjà, il y a plusieurs semaines, Public Sénat avait rapporté les exaspérations des garants, qui avaient demandé "aux membres de l'exécutif de se mettre en retrait". 

"Le collège des garants, depuis le début du processus, depuis le 15 janvier, a noté qu’il était certes peut-être utile d’avoir une communication gouvernementale importante au début du processus pour faire rentrer (les Français) dans le processus", expliquait Pascal Perrineau, politologue.

Seulement, cette présence de l'exécutif s'est faite de plus en plus présente au fil des réunions, souvent sur-médiatisées, au point de créer "un impact. Celui d’introduire un doute chez les citoyens, (...) en disant au fond, le processus du grand débat n’est pas suffisamment neutre", avait-il poursuivi. 

Un calendrier jugé "contraint"

Autre critique, le calendrier "contraint" de ce grand débat, expliquait encore Pascal Perrineau, qui a parfois rendu difficile le tirage au sort de Français acceptant de participer aux conférences régionales.

"On avait fixé au départ 70 à 100 citoyens. On sera peut-être en dessous de cette fourchette", avait-il détaillé.

Malgré cela, Nadia Bellaoui a conclu ce lundi que le débat avait permis "une expression diversifiée dans un cadre loyal et sincère."

Hugo Septier