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La droite fustige un "scandale Jouyet" pour faire oublier le "Fillongate"

Jean-Pierre Jouyet à l'Elysée le 28 juillet 2014.

Jean-Pierre Jouyet à l'Elysée le 28 juillet 2014. - Kenzo Tribouillard - AFP

Dans l'affaire opposant François Fillon à Jean-Pierre Jouyet, les responsables de l'UMP ont choisi d'attaquer le secrétaire général de l'Elysée, jusqu'à réclamer sa démission.

Ce qui devait être un "Fillongate" est finalement devenu un "Jouyetgate" à en croire les ténors de l'opposition. Après s'être offusqués de propos prêtés à François Fillon demandant à l'exécutif de charger Nicolas Sarkozy, les cadres de l'UMP ont choisi de changer de stratégie. D'émissions politiques en matinales radio, Jean-Pierre Jouyet est devenu leur cible numéro 1.

Dès dimanche, Henri Guaino, proche de Nicolas Sarkozy, est monté au créneau: pour lui, le problème de l'affaire ne se situe pas du côté de François Fillon, mais bien de Jean-Pierre Jouyet. "Je ne peux pas croire que François Fillon ait fait cette démarche", lance-t-il sur Europe 1, évoquant la théorie selon laquelle François Fillon aurait sollicité Jean-Pierre Jouyet pour agir sur la justice contre Nicolas Sarkozy.

Et d'ajouter: "la seule personne aujourd'hui qui soit acteur de cette affaire, c'est monsieur Jouyet". "Qu'il s'explique, et si les explications ne sont pas convaincantes, on ne peut pas en rester là".

Le Maire, Mariton, Darmanin défendent Fillon

Aussitôt, la stratégie de l'attaque est reprise en chœur par tout l'UMP. Soudainement, la droite ravale ses divisions, et comprend que l'affaire pourrait déstabiliser l'UMP - d'autant plus que Jean-Pierre Jouyet admet finalement dimanche avoir tenu les propos rapportés par les journalistes du Monde.

Dans la soirée, le candidat à la présidence du parti, Bruno Le Maire, appelle le secrétaire général de l'Elysée à la démission. "Il y a une certitude, c'est que le secrétaire général de l'Elysée, qui est le premier personnage de la présidence de la République, a menti aux Français. Il n'a pas d'autre choix que de remettre sa démission", martèle-t-il.

Lundi matin, même refrain chez Hervé Mariton. "Je pense qu'aujourd'hui Jean-Pierre Jouyet est dans une situation extrêmement inconfortable. Son autorité est atteinte", affirme sur BFMTV le rival de Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire. Comme ses collègues de l'UMP, Hervé Mariton prend soin de défendre François Fillon. "Je pense que monsieur Fillon est suffisamment intelligent sur le plan stratégique et tactique pour ne pas demander cela", estime-t-il

Gérald Darmanin, porte-parole de Nicolas Sarkozy, est officiellement sur la même ligne: "je crois François Fillon", déclare-t-il sur RTL. Selon lui, le coupable n'est pas l'ancien Premier ministre, qui aurait même appelé l'ex-Président pour l'assurer de sa bonne foi. Le responsable de toute cette affaire, c'est bien Jean-Pierre Jouyet: il est "confondu de manipulation et de mensonge, et je crois qu'il doit quitter immédiatement son poste de secrétaire général de l'Elysée", accuse le député du Nord.

Une stratégie qui n'étonne pas Jean-Daniel Lévy, de l'institut de sondage Harris interactive: "la droite française est très bien organisée, et exploite la moindre faille possible dans une affaire", explique-t-il à BFMTV.com. Et de citer l'affaire des écoutes de Nicolas Sarkozy, devenue embarrassante pour Christiane Taubira.

Macron défend Jouyet: "un serviteur, pas un menteur"

Au gouvernement on tente de défendre tant bien que mal Jean-Pierre Jouyet. En déplacement en Algérie, Emmanuel Macron a ainsi rappelé sur BFMTV que cet ami proche de François Hollande est "un serviteur, pas un menteur". 

Pourtant à l'Elysée, on a conscience de la position compliquée du secrétaire général. "C'est tout de même embêtant que Jean-Pierre Jouyet ait dû démentir son démenti. Il est très affaibli", glisse un proche de François Hollande. "Cela va devenir ingérable", confie un haut membre de l'exécutif. "Tout le monde se déchaîne. On est passé de l'affaire Fillon à l'affaire Jouyet".

L'affaire pourrait-elle aussi éclabousser François Hollande? Gérald Darmanin laisse entendre que le chef de l'Etat est impliqué. "Qu'y a-t-il à cacher sur ces enregistrements? Y a-t-il une quatrième personne qu'on veut nous cacher parce que ça serait un petit peu embêtant?", demande-t-il sur RTL sans citer le nom du chef de l'Etat. A l'Elysée, on rappelle "un principe et une pratique qui est celle de la non-intervention judiciaire, c'est le cas de 2012, c'est le cas aujourd'hui et ce sera le cas demain". Pas sûr pourtant que cette défense suffise face aux pressions de la droite.

Ariane Kujawski avec AFP