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Jean-Luc Mélenchon ressort sa cravate

Jean-Luc Mélenchon revendique de ne pas se soumettre au code vestimentaire de l'Assemblée nationale comme une inscription dans la continuité des luttes sociales.

Le symbole: voici le nœud de la polémique de la cravate. Ce mercredi sur notre antenne, Jean-Luc Mélenchon a expliqué pourquoi lui et les élus de la France insoumise refusaient de se soumettre au code vestimentaire de l'Assemblée nationale, c'est-à-dire porter une cravate, la chose leur étant largement reprochée soit comme une incorrection, soit comme une rébellion en toc. "Je n'ai pas le souvenir que les coups d'éclat de Jaurès étaient vestimentaires", ironisait d'ailleurs l'ancien socialiste Benoît Hamon.

Rejet des codes du pouvoir

"On a parlé de Jaurès?", réplique l'admirateur éperdu du député du Tarn. "Le premier député socialiste, maire de Commentry, qui a été élu à l'Assemblée nationale est arrivé en blouse. Avec sa cravate, mais en blouse. On lui a dit qu'il n'avait pas à entrer en blouse, et il a fini par l'enlever. Jean Jaurès a écrit une brochure, qui s'appelle 'Le député à la blouse'."

"Ce qui veut dire que Jaurès, comme nous, savait qu'un code vestimentaire, c'est toujours une manière d'intimer un comportement aux autres."

"Quand on a eu cette discussion dans le groupe, relate le leader de la France insoumise, ce sont les femmes qui étaient le plus hostiles au code vestimentaire, parce que les femmes savent mieux que les hommes qu'un code vestimentaire, c'est toujours plus qu'un simple vêtement. C'est un code qui concerne la relation aux autres et la liberté de cette relation."

Jean-Luc Mélenchon rejette ainsi une norme sociale qui s'apparente pour lui à ce que Pierre Bourdieu appelle une "violence symbolique", "celle qui extorque des soumissions qui ne sont même pas perçues comme telles en s'appuyant sur des attentes collectives, des croyances socialement inculquées".

Histoire des luttes

"Je porte la cravate quand j'ai envie de la porter. (...) Je suis toujours décent, et j'interdis à qui que ce soit de me dire comment je dois me comporter", clame donc le député des Bouches-du-Rhône. Le tribun en portait d'ailleurs une mardi à l'Assemblée, ce qu'un député taquin n'a pas manqué de faire remarquer dans l'hémicycle.

Le représentant de la nation tente d'inscrire cet écart à l'étiquette parlementaire dans la continuité de l'Histoire des luttes sociales. Après Jaurès et le député Christophe Thivrier - "Quand l'abbé Lemire posera sa soutane, quand le général de Gallifet quittera son uniforme, je poserai ma blouse d'ouvrier", avait-il répondu aux huissiers qui lui refusait l'entrée en bleu de travail -, Jean-Luc Mélenchon invoque maintenant la Révolution française: 

"Le tiers état s'est toujours opposé aux habits qu'on voulait lui faire porter, rappelle l'ancien sénateur socialiste. La première fois qu'on a réuni les états généraux, on avait décidé que les députés du tiers état porteraient une tenue noire avec un tricorne. La première chose qu'on fait les 'types', c'est de dire: 'attendez, pourquoi c'est vous qui décidez comment on doit s'habiller?'"

Et de conclure sur cette anecdote: "Quand une femme est arrivée un jour à l'Assemblée en pantalon, on lui a dit 'Ah non ça c'est pas possible!', et elle a répondu la chose la plus fantastique qu'il y avait à répondre: 'bon d'accord, je l'enlève', et à partir de là, ça a été terminé et on a plus jamais cherché de poux dans la tête des femmes à propos de leurs pantalons."
Louis Nadau