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Guaino et Buisson mettent en garde Fillon sur son programme

Le député Les Républicains Henri Guaino.

Le député Les Républicains Henri Guaino. - LIONEL BONAVENTURE / AFP

Le programme libéral de François Fillon, candidat de la droite et du centre à la présidentielle 2017, rencontre l'hostilité de plusieurs figures de sa famille politique, au premier rang desquelles Henri Guaino et Patrick Buisson.

François Fillon a rassemblé largement les Français de la droite et du centre autour de son nom ce dimanche en remportant la primaire face à Alain Juppé avec 66,5% des suffrages exprimés et près de trois millions d’électeurs. A l’issue du premier tour, il avait déjà réussi à rassembler la plupart des candidats recalés. Pourtant, le député parisien est loin de faire l’unanimité dans son propre camp. Depuis quelques jours, il est au contraire l’objet d’un feu nourri de critiques sur son programme économique et social. Deux figures de la droite se sont ainsi distinguées par leurs salves.

Le coup de colère d'Henri Guaino

Le détracteur le plus remarqué est sans aucun doute le député élu dans les Yvelines, et candidat à la présidentielle, Henri Guaino. Il y a quelques jours, il s’emportait au sujet de la volonté de François Fillon d’écarter "les petits risques" de la couverture maladie: "L’idée de sortir "les petits risques" de la couverture maladie est à mes yeux moralement inacceptable et intellectuellement absurde", avait déclaré Henri Guaino. Ce lundi, il a jugé ne pas appartenir à la même droite que François Fillon, "une droite qui n’a aucune humanité, aucune générosité".

Il a encore enfoncé le clou ce mardi au micro de Jean-Jacques Bourdin en dénonçant "cette façon de taper sur les fonctionnaires", de "chercher tous les jours de nouveaux boucs-émissaires". Selon l’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, la doctrine économique de François Fillon est une aberration: "Raboter comme ça la dépense publique, il n’y a rien de plus idiot."

Intarissable sur ce qu’il juge comme une "politique d’austérité comme on n’en a pas vu depuis 1944, un démantèlement de la protection sociale", Henri Guaino s’est demandé si la logique de François Fillon n’aboutirait pas un jour à "aussi supprimer les congés payés, pourquoi pas?"

La mise en garde de Patrick Buisson

Avec Henri Guaino, un autre homme qu’il avait côtoyé à l’Elysée entre 2007 et 2012 pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy vient aussi de se faire le critique vibrant de l’orientation sociale de François Fillon: Patrick Buisson. Grand artisan des campagnes présidentielles de Nicolas Sarkozy, cet historien et homme de médias formé à l’extrême droite s’est brouillé avec lui après la révélation de ses enregistrements de conversations et la publication récente de son livre La cause du peuple. Mais dans Le Parisien paru ce mardi, c’est avant tout à François Fillon qu’il s’en est pris, après l'avoir cependant soutenu.

S’il estime qu’à travers la victoire de François Fillon à la primaire, la droite s’est éloignée de "l’hégémonie culturelle de la gauche", Patrick Buisson pense que le succès de l'ancien Premier ministre n'est pas aussi large qu’il n’y paraît: "La droite ne semble pas en mesure pour l’instant d’élargir sa base sociologique". Pour lui, l’électorat de François Fillon n’est pas représentatif du tissu national et n’a pas pu attirer le vote des classes populaires:

"La France sénatoriale et provinciale de François Fillon n’est pas la France en souffrance des catégories populaires, qui ne sont pas allées voter. Pour l’emporter en 2017, il doit impérativement sortir du ghetto des inclus et des privilégiés".

Patrick Buisson achève en expliquant que le programme économique de François Fillon trahit à la fois une contradiction philosophique chez l’ancien Premier ministre, en l’occurrence "l’incompatibilité fondamentale entre le libéralisme et le conservatisme", et une erreur dans l’analyse de son triomphe présent: "Il a attiré un électorat davantage préoccupé par l’abrogation de la loi Taubira que par la suppression de l’ISF. Croire que Fillon a été élu sur son programme économique est un contresens qui se paiera au prix fort."

Après avoir été poussé par une forte dynamique électorale, le candidat de la droite pour 2017 doit déjà faire face à des vents contraires.

Robin Verner