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Valls "entend la colère" des policiers et promet de corriger des "dysfonctionnements" dans la justice

Manuel Valls a affirmé "entendre la colère et le malaise" des policiers qui manifestent mercredi.

Manuel Valls a affirmé "entendre la colère et le malaise" des policiers qui manifestent mercredi. - Miguel Medina - AFP

Manuel Valls a dit mercredi avoir "entendu" la colère des policiers et annoncé des prochaines mesures pour corriger des "dysfonctionnements", comme la simplification de la procédure pénale, la lutte contre les armes à feu et la révision des permissions de sortie pour les détenus.

"Nous entendons la colère des policiers, leur malaise, mais il n'y aura jamais de rupture entre la police et la justice", a déclaré Manuel Valls mercredi. "Police et justice sont les deux faces du même talisman, le talisman de l'Etat de droit", a insisté le Premier ministre.

"Il y a des dysfonctionnements, il faut les corriger", a-t-il néanmoins reconnu en ce jour exceptionnel de mobilisation de policiers devant le ministère de la justice, après la grave agression d'un policier en Seine-Saint-Denis par un prisonnier en cavale. Il a ainsi détaillé "des décisions fortes" qui seront en vigueur pour certaines d'ici à la fin de l'année et qui seront présentées pour d'autres en conseil des ministres dans les prochains mois.

Des mesures de simplification de la procédure pénale

Le Premier ministre a annoncé que des mesures de simplification de la procédure pénale seraient présentées en conseil des ministre dans "les prochains mois". "Policiers, gendarmes autant que magistrats le déplorent et s'en inquiètent, la procédure s'est extrêmement compliquée", a-t-il précisé. "Sans porter atteinte aux principes protecteur, il faut alléger et simplifier".

Manuel Valls a ainsi annoncé que la gestion de la garde à vue serait "allégée" avec la possibilité de "récapituler dans un procès verbal unique de fin de garde à vue l'ensemble des formalités procéduriales au lieu de plusieurs PV comme c'est le cas aujourd'hui. Et que les OPJ seraient déchargés de certaines formalités.

Par ailleurs, "au-delà de la garde à vue, c'est tout le formalisme procédural de l'enquête de police judiciaire qui sera également revu et allégé, proportionnellement au degré de gravité des affaires", a poursuivi Manuel Valls.

Des peines renforcées pour trafic d'armes lourdes

Manuel Valls a dévoilé des mesures qui seront précisées dans un "plan" que présentera le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve "dans les prochains jours".

Les peines encourues pour acquisition, détention ou cession d'armes de catégorie A et B, c'est-à-dire les plus lourdes, seront portées de 3 à 5 ans d'emprisonnement.

La technique du "coup d'achat" -le fait pour un policier de se présenter comme un acheteur potentiel pour les besoins de son enquête- qui a été "utilisée avec efficacité contre les filières de trafiquants de stupéfiants" sera "étendue au trafic d'armes".

"La politique pénale actuelle n'est nullement laxiste"

"Abstenons nous des polémiques stériles pour nous concentrer sur l'essentiel", a martelé le Premier ministre alors que certains jugent la procédure d'autorisation de permis de sortie pour les détenus "laxiste".

"La politique pénale actuelle n'est nullement laxiste en ce domaine", a déclaré Manuel Valls, rappelant que les autorisations de sorties avaient diminué de 22% ces quatre dernières années et que le taux d'évasions stagnait autour de 0,5%. "Les événements récents ont démontré la nécessite de préciser et de réformer les conditions dans lesquelles peuvent être décidées des sorties ponctuelles de détenus emprisonnés", a-t-il néanmoins déclaré . Il a ainsi annoncé qu'il fallait "éviter les sorties sans nécessité avérée" et que des mesures en la matière seront prises par décret. 

Des mesures sur les permissions de sortie

Les permissions seront "recentrées" sur "le respect de la dignité humaine" (obsèques d'un parent, visite en cas de maladie grave...) et des "exigences du projet de réinsertion sociale" du détenu. Manuel Valls veut permettre une "remontée de toutes les informations" pour l'autorisation ou non d'une sortie et annonce le renforcement des "escortes de sécurité".

Toutefois, "il ne s'agit pas de bouleverser sous le coup de l'émotion et sans précaution les grands principes de notre droit", a affirmé le chef du gouvernement lors d'une allocution à Matignon.

7.500 policiers rassemblés devant le ministère de la Justice

La conférence de presse avait lieu à Matignon en présence de la garde des Sceaux Christiane Taubira et du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. 

Plus d'un millier de policiers en civil étaient rassemblés mercredi midi devant le ministère de la Justice à Paris, réclamant "protection" et "reconnaissance".

D'autres rassemblements étaient en cours à Lille, Toulouse, Ajaccio, Bastia ou encore Marseille. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la blessure de l'un des leurs, grièvement touché lors d'une fusillade le 5 octobre par un malfaiteur qui avait profité d'une permission de sortie de prison pour partir en cavale.

K. L.