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"C'est vital" d'avoir une permission de sortie raconte un ex-détenu

Ancien détenu, Pierre Bernadin juge que les permissions de sortie sont "vitales" pour les prisonniers afin de maintenir le lien familial et trouver un travail. Il raconte qu'il faut d'abord réussir un "parcours du combattant" pour l'obtenir.

Fait rare, les policiers vont manifester mercredi sous les fenêtres du ministère de la Justice. La fusillade de la semaine dernière où un détenu qui n'était pas rentré de permission a blessé un policier a été l'attaque de trop.

"Il est moralement inconcevable qu’on puisse libérer pour une permission un individu aussi dangereux pour la société", s'insurge le syndicat de police Alliance, classé à droite.

"On oublie de dire que la permission de sortie est une nécessité", rappelle au contraire, Serge Portelli, président de Chambre à la cour d’appel de Versailles et membre du Syndicat de la magistrature, classé à gauche.

Mais qu'en pensent les principaux concernés? BFMTV a rencontré un ex-détenu. Dans son livre, Confession d'un braqueur suicidaire, Pierre Bernadin, alias Tito a raconté son expérience. Selon lui, les permissions de sortie sont indispensables pour préparer la réinsertion.

"Une bouffée d'oxygène"
"Voir sa famille dans un parloir c'est toujours utile, mais sortir en permission et être entouré de ses proches c'est une bouffée d'oxygène, se souvient Pierre Bernadin. C'est plus que nécessaire, c'est vital, c'est ce qui nous tient sur les bons rails".

L'ex-braqueur a profité de ces moments de liberté pour trouver du travail et préparer sa réinsertion. Si les formations et les contacts avec un futur employeur peuvent se faire en détention, "le fait de voir où on va travailler" et avec qui, est primordial selon lui.

"On a une permission quand on a un projet de sortie"

Pour lui, remettre en cause ces permissions serait une erreur, surtout que les conditions pour en bénéficier sont déjà très dures. Face aux détracteurs qui crient au laxisme, il ajoute être "bien placé" pour savoir qu'il faut présenter beaucoup de garanties. Il raconte un "parcours du combattant" de minimum six mois pour obtenir une autorisation qui intervient en fin de peine afin de préparer la sortie. "On a une permission quand on a un projet de sortie", rappelle-t-il.

Et "c'est le premier contact avec l'extérieur qui va donner envie de poursuivre sur le bon chemin. On se visualise plus dans l'avenir, on a envie de donner plus de sens à sa vie". A l'inverse, l'enfermement peut conduire le détenu à se renfermer sur lui-même voire à "s'ouvrir sur d'autres choses plus néfastes", selon lui.

Pierre l’assure, il n’a jamais pensé profiter d'une sortie pour s’évader mais reconnaît que rentrer à la maison d'arrêt est "super dur", "rien ne vous oblige, mais vous avez tout à y gagner".

En France seuls 0,5% des détenus prennent la fuite à l’occasion d’une permission.

Karine Lambin avec Antoine Heulard