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Une tournée antijihadiste pour le Nouvel An de Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, tout comme l'an passé, passera le Nouvel an après des troupes françaises actuellement stationnées en Afrique.

Jean-Yves Le Drian, tout comme l'an passé, passera le Nouvel an après des troupes françaises actuellement stationnées en Afrique. - Damien Meyer - AFP

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, va passer la soirée du Nouvel an au Tchad, auprès des militaires français mobilisés pour l'opération Barkhane. L'occasion de passer en revue les nouveaux arcs de crise redoutés pour l'an 2015, avec un point d'inquiétude très ancré au sujet de la Libye.

C'est une tradition. Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian effectue une nouvelle tournée sur le front "antijihadiste" en Afrique à l'occasion du Nouvel An. Avec une inquiétude majeure à l'agenda 2015: les risques de déstabilisation croissante provenant de Libye.

Comme le veut la coutume, il réveillonnera ce mercredi soir avec les soldats français stationnés à N'Djamena dans le cadre de l'opération Barkhane, avant de se rendre au Niger et au Mali. En 2013, année de l'intervention au Mali, il avait fêté le Nouvel An à Gao, ex-fief des islamistes dans l'est du pays, et le 31 décembre 2012 en Afghanistan d'où les Français se sont depuis retirés.

Rendre hommage

A chaque étape, Jean-Yves Le Drian, qui s'est déjà rendu une dizaine de fois en Afrique en 2014, rencontrera les chefs d'Etat en place, renforçant ainsi un peu plus des liens personnels déjà très étroits, au point d'apparaître parfois comme le ministre des "Affaires africaines" de la France.

A N'Djamena, quartier général de Barkhane, il entend d'abord rendre hommage aux forces déployées sur le terrain. "Aujourd'hui Barkhane est de loin le théâtre le plus important pour l'armée française depuis la Seconde guerre mondiale. C'est une opération qui demande un effort considérable et dont il faut saluer les résultats, face à un ennemi qui ne se montre pas et sur une zone vaste comme l'Europe", relève-t-on dans son entourage.

Plus de 3.000 militaires français déployés dans cette zone

Plus de 3.000 militaires français sont déployés sur cinq pays de la bande sahélo-saharienne - Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina-Faso -, traquant les groupes islamo-mafieux qui se jouent des frontières et déstabilisent la région.

Dernier maillon en date dans ce dispositif, un poste français avancé est en cours d'aménagement à Madama, à une centaine de kilomètres de la Libye, dans l'extrême-nord du Niger.

En un an, 200 jihadistes ont été tués dont une douzaine de responsables, parmi lesquels le bras droit au Mali de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, l'un des principaux chefs d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, se félicite Jean-Yves Le Drian.

"La libération du Mali est acquise, les jihadistes ont été repoussés. Cela n'empêche pas le terrorisme de rester vivace dans toute la région, dans le nord du Mali et du Niger, particulièrement", a-t-il toutefois constaté dans le Journal du Dimanche

De nouveaux arcs de crise redoutés

De nouveaux arcs de crise risquent en outre de se développer, de la Libye au Nigeria, où le groupe islamiste armé Boko Haram se fait chaque jour plus sanglant, en passant par le Cameroun.

L'armée camerounaise a ainsi engagé pour la première fois son aviation dimanche pour repousser un assaut de Boko Haram contre un de ses camps, à la frontière avec le Nigeria.

La France ne cesse également de tirer la sonnette d'alarme sur la situation en Libye, où les jihadistes refoulés du Mali ont établi leur fief et où Daech (acronyme en arabe du groupe Etat islamique) noue des liens avec des composantes d'Al-Qaïda au Sahel.

"Le sud de la Libye est devenu un 'hub' terroriste. J'ai la conviction que le sujet libyen est devant nous. En 2015, l'Union africaine, les Nations unies et les pays voisins devront se saisir de cette question sécuritaire brûlante", anticipe Jean-Yves Le Drian.

Le Sahel, futur chaudron?

Nombre de dirigeants africains réclament déjà une intervention sans délai. "A trop hésiter, c'est tout le Sahel qui, dans quelques mois, risque de se transformer en chaudron. Il faut une intervention militaire pour réparer les dégâts liés à la chute (du défunt dictateur lybien Mouammar) Kadhafi, sinon nous aurons Daech à nos portes", s'est alarmé le président nigérien Mahamadou Issoufou, à l'unisson de son homologue tchadien Idriss Deby, lundi dans l'hebdomadaire Jeune Afrique.

Pour l'heure, Paris se refuse à toute option militaire, renvoyant à la recherche d'une solution politique dans le nord de la Libye, où forces gouvernementales et islamistes se livrent un combat sans merci, avant de songer à "faire le ménage" dans le sud.

En attendant, Français, Américains et Britanniques échangent du renseignement sur la Libye, comme ils font déjà au Sahel et sur Boko Haram, souligne-t-on de source gouvernementale française.

Jé. M. avec AFP