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"EI", "Daesh", "égorgeurs": comment faut-il appeler l'Etat islamique?

Des jihadistes de l'Etat islamique paradent dans leur fief syrien de Raqqa, le 30 juin 2014.

Des jihadistes de l'Etat islamique paradent dans leur fief syrien de Raqqa, le 30 juin 2014. - Welayat Raqa - AFP

Pour désigner les jihadistes qui sévissent en Irak et en Syrie, le gouvernement français préconise de ne plus utiliser l'appellation "Etat islamique". Explications.

La demande est venue de Laurent Fabius lui-même. Mercredi 10 septembre, alors qu'il répondait à une question adressée au gouvernement, à l'Assemblée, le ministre des Affaires étrangères a tenu à faire une parenthèse. "Je veux revenir un instant sur cette expression (d'"Etat islamique", NDLR). Le groupe terroriste dont il s'agit n'est pas un Etat. Il voudrait l'être, mais ne l'est pas, et c'est lui faire un cadeau que de l'appeler 'Etat'", a ainsi déclaré le chef de la diplomatie, conseillant d'utiliser d'autres termes pour désigner le groupe jihadiste qui réalise une avancée fulgurante en Irak et en Syrie, et contre lequel les Etats-Unis mènent des frappes aériennes.

De nombreuses terminaisons existent pour parler de ce groupe islamiste, mais elles n'ont pas toutes le même sens. BFMTV.com fait le point.

• "EI", "EIIL" ou "ISIS"?

Il y a quelques semaines, l'Etat islamique était encore connu sous l'acronyme "EIIL" pour "Etat islamique en Irak et au Levant", traduction directe de l'arabe "ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām" ("Etat islamique en Irak et al-Sham").

En français, "al-Sham" a donc été traduit par "le Levant", qui désigne la région du Proche-Orient bordant la Méditerranée, comprenant le Liban, la Syrie, Israël, la Palestine, la Jordanie et le sud de la Turquie.

Dans les pays anglo-saxons, l'acronyme le plus utilisé est "ISIS", pour "Islamic State of Iraq and Syria". Soit une traduction qui ne retient pas la notion de "Levant" et correspond à la situation géographique actuelle des jihadistes. Mais pas forcément à leurs aspirations futures. Un débat existe ainsi aux Etats-Unis sur l'utilisation d'ISIS ou ISIL ("Islamic State of Iraq and the Levant"), "ISIS" relevant un caractère hautement plus politique, étant donné que, jusqu'à mercredi, les Etats-Unis refusaient d'intervenir en Syrie. Dimanche, Barack Obama a utilisé le terme "ISIL" au cours d'une interview sur NBC, ce qui a poussé le journaliste de la chaîne à préciser: "Evidemment, à NBC News, nous nous référons à l'ISIS. Le président dit le mot 'ISIL'. Le dernier 's' désigne la Syrie, le dernier 'l', qu'il ne veut pas voir, désigne la Syrie", rapporte Francetv info.

Lors de l'annonce du rétablissement du "califat", le 29 juin dernier, le groupe jihadiste a indiqué changer son nom pour "l'Etat islamique" (EI), abandonnant de fait toute notion de géographie. 

• "Daesh", la parade employée par l'exécutif

Si l'Elysée et le gouvernement ont longtemps repris les appellations "officielles" du groupe, ils semblent montrer, depuis peu, une certaine réticence à utiliser le terme "Etat islamique". Ainsi, le 5 septembre, alors qu'il s'exprimait depuis Newport, au Pays de Galles, où se tenait le sommet de l'Otan, François Hollande a tenu à compléter: "Nous avions là affaire à une menace globale, celle de l'Etat islamique. Qui d'ailleurs n'est ni un Etat, ni ne peut-être considéré comme représentant l'islam, parce qu'il le détourne à des fins terroristes".

Quelques jours plus tôt, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait introduit l'utilisation du terme "Daesh", le nom arabe de l'Etat islamique en Irak et au Levant, également orthographié "Daech". Un terme retrouvé le 9 septembre dans un communiqué de l'Elysée, dans lequel il est associé au mot "terroristes".

C'est ce terme, qui permet de ne pas légitimer et reconnaître l'action des islamistes de l'EI, que Laurent Fabius a choisi d'utiliser à l'Assemblée, mercredi. "Je recommande de ne pas utiliser l'expression 'Etat islamique', car cela occasionne une confusion 'islam-islamisme-musulmans'", a-t-il justifié, face à l'hémicycle. Et le ministre d'aller plus loin: "Il s'agit de ce que les Arabes appellent 'Daesh' et ce que j'appellerai pour ma part les 'égorgeurs de Daesh', car ces gens n'ont qu'une idée: violer, crucifier, assassiner".

Un discours que le chef de la diplomatie a tenu une seconde fois le même jour, lors d'une leçon inaugurale à Sciences Po Paris. "Il ne faut pas parler d'Etat islamique sous prétexte que c'est le nom qu'ils se sont donnés, c'est leur faire trop d'honneur", a-t-il déclaré devant les étudiants, avant d'utiliser à nouveau le terme d'"égorgeurs".

Selon certains experts, le terme "Daesh" désignerait de façon péjorative l'Etat islamique. Pour le chercheur Romain Caillet, consultant sur les questions islamistes, il serait même "impropre" et "utilisé par les opposants à l'Etat islamique". "Si, en langue arabe, il peut y avoir une légitimité à l'employer, son utilisation en français est clairement idéologique", a ainsi expliqué le spécialiste aux Clés du Moyen-Orient