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Menace jihadiste: la France en première ligne

Des militants jihadistes palestiniens lors de funérailles de l'un des leurs à Gaza, le 11 mars dernier

Des militants jihadistes palestiniens lors de funérailles de l'un des leurs à Gaza, le 11 mars dernier - AFP

Qu'ils soient sur place, en transit ou rentrés, 1.132 Français sont impliqués dans les filières de départ vers la Syrie et l'Irak, issus de près de 90 départements. La variété des profils des jeunes occidentaux qui rejoignent l'Etat islamique, démontrée par une vidéo de décapitations dans laquelle apparaissent deux Français, tous deux convertis et sans passé judiciaire, illustre la complexité du phénomène.

La multiplication par l'organisation Etat islamique de vidéos mettant en vedette des jihadistes français confirme la gravité de la menace qui pèse sur la France. Jeudi, une enquête a été ouverte à Paris par la justice après la diffusion d'une nouvelle vidéo postée, la veille, par le groupe Etat islamique, dans laquelle trois jihadistes appellent en français leurs "frères musulmans" à les rejoindre et menacent leur pays d'origine d'attentats. 

La Direction centrale du renseignement intérieur, qui analyse la vidéo en question va tenter de mettre un nom sur les visages de trois jeunes hommes barbus, en treillis, armés de kalachnikovs qui, sous les pseudonymes de Abu Osama al-Faranci ("père d'Osama, le Français"), Abu Maryam al-Faranci, et Abu Salman al-Faranci, appellent les musulmans de France à émigrer "dans le Califat, la terre d'islam".

Pour identifier qui se cache derrière ces pseudonymes, les experts vont faire appel à une technique mêlant l'utilisation de logiciels, notamment de reconnaissance faciale, et enquêtes classiques des services de renseignement.

"Tuer les mécréants" sur le sol français

Plus inquiétant encore, ils demandent à ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas les rejoindre dans les régions de Syrie et d'Irak tombées aux mains de l'EI à passer à l'action sur le sol français, à "tuer des mécréants" par tous les moyens possibles, à semer l'angoisse et la peur dans la société française.

La vidéo de sept minutes, filmée, montée et produite pour atteindre une qualité professionnelle, se termine par un gros plan sur un feu dans lequel les jihadistes, certains le visage découvert et d'autres portant cagoules, brûlent leurs passeports français, symbole de leur refus de revenir en arrière.

La France au premier rang des pays occidentaux en nombre de volontaires

Une situation qui inquiète et se trouve amplifiée après que deux Français, Maxime Hauchard et Mickaël Dos Santos, ont été identifiés en début de semaine par la justice française comme faisant partie des bourreaux de plusieurs Syriens présentés comme des soldats du régime de Damas et d'un Américain, membre du personnel humanitaire. 

Avec plus d'un millier de personnes concernées, près de 400 jeunes Français dans les rangs de mouvements jihadistes en Syrie ou en Irak, 118 de retour en France et 51 tués dans des combats ou des attentats-suicide, la France est, avec la Belgique, au premier rang des pays occidentaux pour le nombre de volontaires ayant rejoint l'EI.

"Il n'y a pas une explication unique"

"La France est particulièrement touchée par ce phénomène parce que d'une part, il y subsiste des réseaux qui ont envoyé de nombreux volontaires se battre contre les Américains en Irak à partir de 2003", explique Louis Caprioli, ancien chef du contre-terrorisme à la DST (ancien nom du service de renseignement intérieur français). 

Mais ce n'est pas tout: "Une autre explication est aussi sans doute l'action du mouvement de prédication islamique Tabligh, très actif dans les villes et les banlieues françaises depuis le milieu des années 90. Ces efforts de ré-islamisation des jeunes issus des communautés immigrées portent leurs fruits maintenant. Et même si le nombre de convertis qui partent faire le jihad est important, on parle de 20 à 25% du total, ces conversions sont le plus souvent dues à une proximité avec des membres islamisés de la communauté immigrée", ajoute-t-il.

"Il n'y a de toutes façons pas une explication unique derrière un départ pour le jihad, c'est un faisceau de facteurs", selon Louis Caprioli." Et l'un d'eux est l'extraordinaire qualité de la communication de l'Etat islamique, qui maîtrise parfaitement tous les outils d'internet", précise-t-il.

Hormis la France, aucun autre pays étranger n'a dit avoir identifié les autres combattants à visage découvert dans la dernière vidéo du groupe Etat islamique.

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S.A. avec AFP