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Sécurité: Macron, Philippe et Collomb cherchent l'équilibre

Gérard Collomb et Edouard Philippe le 3 janvier au ministère de l'Intérieur.

Gérard Collomb et Edouard Philippe le 3 janvier au ministère de l'Intérieur. - AFP

De Champigny à Notre-Dame-des-Landes, la sécurité va se trouver au cœur des sujets de rentrée du gouvernement.

Le gouvernement va devoir placer le début de l'année 2018 sous le signe de la sécurité. Des grands chantiers convoqués de longue date jusqu'aux événements de dernière minute, le sujet s'impose dans l'actualité. Et devrait être abordé lors du séminaire de rentrée des ministres.

Le plus brûlant concerne Champigny: l'agression de deux policiers lors de la nuit du réveillon a réveillé la colère des forces de l'ordre, et entraîné une riposte en règle de la droite. Rétablissement des peines plancher, aménagement de places de prison supplémentaires… Les Républicains réclament "des actes" et déroulent leurs propositions. Marine Le Pen souhaite une réforme de la légitime défense pour les policiers.

Le PS dénonce les "contradictions" du gouvernement

En face, Edouard Philippe appelle de ses vœux "une grande sévérité judiciaire et pénale", mais il explique également se "méfier" des "réactions qui passeraient par un élément législatif". Le gouvernement va donc plutôt mettre en avant sa "police de sécurité du quotidien", une sorte de police de proximité qui sera expérimentée début février dans une quinzaine de villes. Il entend également poursuivre le recrutement des policiers.

De quoi faire bondir le PS. "On nous dit qu'il faut réduire le nombre de fonctionnaires, mais ensuite qu'on a besoin de plus de policiers", note Rachid Temal, coordinateur national du PS. "On ne fera pas plus de sécurité dans les quartiers avec moins de moyens", lance également Stéphane Troussel, à la tête du département de Seine-Saint-Denis. "La petite musique libérale de réduction des services publics ne tient pas". 

"On va être obligés d'employer la force..."

Autre dossier brûlant: la question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui devrait être tranchée d'ici la fin du mois de janvier. Désormais, l'évacuation de la ZAD semble inévitable, quelle que soit l'option choisie pour l'aéroport. Le gouvernement, embarrassé, ne cache pas redouter des débordements. "A un moment donné, on va être obligés d'employer la force, mais de la façon la plus maîtrisée possible", a prévenu Gérard Collomb mardi sur Europe 1. La mort du militant Rémi Fraisse en 2014, lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens dans le Tarn, est dans toutes les mémoires. Un geste de trop provoquerait un scandale qui entâcherait le quinquennat.

"Humanité et efficacité", équilibre et fermeté… En matière de sécurité, Emmanuel Macron tente de maintenir un cap sans basculer dans le tout-répressif. La loi sur l'asile n'échappe pas à la règle. Après avoir enflammé le débat à cause de la circulaire instaurant un recensement des migrants dans les lieux d'accueil, l'exécutif a joué l'apaisement et a retiré du texte la notion de "pays tiers sûr", qui visait à faciliter le renvoi de demandeurs d'asile. Pourtant dans ses vœux télévisés pour 2018, le président lui-même rappelait que la France "ne pourra(it) accueillir tout le monde". "Il est écartelé entre une politique de droite, ferme, et la volonté de ne pas se fâcher avec la gauche", dénonce Laurence Sailliet, porte-parole des Républicains.

Pris dans des sujets d'actualité brûlants, Emmanuel Macron et son équipe s'apprêtent à affronter une poignée de dossiers essentiels pour la suite du quinquennat. Reste à voir si l'équilibre recherché achèvera de convaincre. 

Ariane Kujawski