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Notre-Dame-des-Landes: les policiers redoutent une évacuation violente

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes est occupée actuellement par environ 300 personnes.

La ZAD de Notre-Dame-des-Landes est occupée actuellement par environ 300 personnes. - Jean-François Monier - AFP

Alors que le président de la République doit trancher d'ici à janvier prochain sur le sort réservé à Notre-Dame-des-Landes, entre 150 et 300 personnes vivent actuellement sur le site. Alors que les "habitants" de la zone se préparent à une évacuation par les forces de l'ordre, des gendarmes pourraient être mobilisés par milliers.

La zone est occupée "de façon quasi-militaire" par des "zadistes" qui "se préparent au combat". De l'aveu même du secrétaire d'Etat Christophe Castaner, au début du mois de décembre, le gouvernement s'inquiète des conditions d'une évacuation de la ZAD, la zone d'aménagement différée rebaptisée "zone à défendre", occupée quotidiennement par 300 personnes.

Une évacuation inéluctable selon les trois médiateurs, nommés par l'exécutif, pour faire avancer le dossier. "Le retour à l'Etat de droit et à une situation d'ordre public normalisée est indispensable, selon des modalités qui différeront en fonction de l'option retenue", stipule leur rapport remis ce mercredi.

Si Emmanuel Macron se donne désormais jusqu'à fin janvier pour prendre une décision, que ce soit la construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou l'agrandissement de la structure déjà existante à Nantes, le ministère de l'Intérieur se prépare déjà à l'évacuation. Un sujet qui sera traité "avec sang-froid en évitant qu'il y ait des morts", promet Gérard Collomb. Une cellule interministérielle de crise (SIC) a toutefois été déclenchée mardi en prévision, rapporte Le Figaro. De quoi être prêt quand le président de la République tranchera sur le dossier.

"Une réflexion est en cours", confirme-t-on tout juste place Beauvau. "Il faut que le personnel compétent soit prêt quand une décision sera prise."

Des évacuations ratées

La dernière tentative d'évacuation remonte à 2012. Cette année-là, le gouvernement du Nantais Jean-Marc Ayrault lance l'opération César, qui se termine en véritable fiasco. Quelques 500 gendarmes ont été envoyés pour libérer la zone. Surpris par des dizaines d'opposants jetant bouteilles de verre et cailloux, les militaires ont fait usage de grenades assourdissantes et de bombes lacrymogènes. Bilan: quatre blessés du côté des gendarmes, un blessé parmi les opposants. Et surtout, des images de violences policières.

Pour l'ancien ministre de l'Intérieur, une telle opération nécessite le recours à un tiers des forces mobiles nationales, écrit-il dans son livre Pour que chaque jour compte. De quoi faire reculer Bernard Cazeneuve, en décembre dernier, en raison de la mobilisation des forces de l'ordre dans le cadre de l'état d'urgence ou de l'opération Sentinelle. Pourquoi un tel chiffre? La question repose sur la capacité de mobilisation des opposants, installés sur 1600 hectares de terres. De 300 personnes actuellement, ce chiffre pourrait monter rapidement à 1500 voire 2000 personnes occupant le terrain.

Près de 3000 gendarmes mobilisés?

En 2014, un millier de membres des black blocs, originaires de France mais aussi de l'étranger, et issus de l'ultra-gauche, s'étaient déplacés pour une manifestation contre l'aéroport, provoquant de vifs affrontements avec la police.

Désormais, la mobilisation contre le projet d'aéroport s'est structurée. Les "zadistes" seraient prêts à accueillir les forces de l'ordre avec des armes de fortune. Des stocks de cocktails Molotov, de lance-pierre géants et d'acide auraient été constitués. Des pièges auraient également été tendus aux forces de l'ordre, comme des trous dans le sol, avec des pics à l'intérieur, recouverts de branchage, précise Europe 1. Les "zadistes" auraient même créé leur propre radio.

"Ils nous attendent. Ils se préparent à l'affrontement et on peut craindre des morts", confiait dimanche dans le JDD un haut gradé. C'est ce que le gouvernement redoute le plus: des victimes alors que la mort de Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens, dans le Tarn, est encore dans toutes les têtes, et que la ZAD est occupée par des familles. Quinze enfants seraient d'ailleurs nés sur place. De fait, entre 30 et 40 unités mobiles, soit entre 2200 et 2900 hommes, pourraient être mobilisés lorsque la décision d'évacuation sera prise.

Justine Chevalier