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Evacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes: le casse-tête des autorités

Plusieurs milliers de représentants des forces de l'ordre seraient probablement nécessaires pour évacuer le site de Notre-Dame-des-Landes en toute sécurité. Sur place, les occupants, entre autres projets, se tiennent eux prêts à défendre la ZAD une nouvelle fois.

Près de 200 personnes continuent d’occuper la zone d’aménagement différé, devenue "zone à défendre" (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes en Loire-Atlantique, où le projet d’aéroport suscite toujours la controverse.

Ce mercredi, un rapport de médiateurs doit être remis à Edouard Philippe afin que le gouvernement puisse trancher entre les différentes options, notamment entre la construction d’un tout nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou l’aménagement de l’actuel site de Nantes-Atlantique, à une trentaine de kilomètres.

En 2015, le tribunal administratif avait autorisé le début des travaux et en juin 2016, un référendum local avait vu le "Oui" à l’aéroport l’emporter à 55%. Pourtant, le dossier stagne toujours. 

Pour le président du groupe LR au Sénat et ancien président de la région Pays de la Loire Bruno Retailleau, interrogé ce mardi sur sur BFMTV et RMC, l’abandon du projet d’aéroport constituerait un recul du Président.

"Il a eu cette phrase: 'Il y a eu un vote, mon souhait est de le respecter et de faire l’aéroport'. Je l’ai ré-interrogé, et il m’a répondu 'Je prendrai mes responsabilités et j’évacuerai'. Donc s’il renonce, (...) ce sera la première reculade du président de la République. (...) Ça voudrait dire qu’en France l’Etat, et notamment le Président, cède au chantage des zadistes, qui sont des ultra-violents", a-t-il déclaré. 

Les occupants prêts à être re-mobilisés

Sur le site de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, les quelque 200 occupants montent des projets, travaillent sur ce qu’ils présentent comme un modèle agricole alternatif, mais se tiennent prêts à être re-mobilisés d’un jour à l’autre.

"Le futur, c’est sûr qu’on y pense tous les jours, dans tous les projets qu’on fait. Ce sont des projets où on se projette pour très longtemps, mais on sait aussi qu’on peut avoir des menaces très rapidement, et on est aussi prêts à se mobiliser (...) s’il faut résister sur le terrain, si jamais ils ne veulent pas renoncer au projet", explique ainsi à BFMTV Camille (un prénom adopté par tous les occupants), qui a rejoint la ZAD en 2012 et fabrique aujourd’hui de la farine pour les habitants.

Tous sont venus ici pour résister en cas d’opération de police, certains sont restés. En cas de nouvelle mobilisation, plusieurs scénarios seraient déjà prévus. Une vigie a même été construite pour sonner l’alerte, avec une sirène et un phare.

"En cas d’intervention, il y aurait des dizaines de milliers de personnes qui viendraient défendre la ZAD, se battre contre les forces de l’ordre, c’est sûr", affirme un autre Camille à BFMTV, rappelant l’intervention des forces de l’ordre en 2012, qui s’était soldée par un échec pour l'exécutif. 

En guise d’avertissement, les bâtons plantés la dernière fois par les manifestants, sous un panneau "Nous sommes là… nous serons là!". Ceux-ci ont promis de venir les récupérer dès que cela serait nécessaire.

"Entre 3 et 4.000 personnes pour évacuer la zone"

Si le projet était maintenu, il faudrait donc mobiliser d’importants moyens pour évacuer la zone.

"Il faudrait entre 3 et 4000 personnes (militaires, gendarmes, soldats), pour évacuer la zone avec les risques que l’on imagine, mais surtout, (...) il faudrait sans doute autant de membres des forces de l’ordre pour sécuriser les travaux qui pourraient durer trois ou quatre ans", estime ce mercredi matin sur BFMTV Laurent Neumann, éditorialiste.

Emmanuel Macron a assuré qu’une décision sur le dossier serait prise "au plus tard en janvier", même si le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux évoque un dénouement "d’ici quelques semaines" et le ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot un verdict "avant les fêtes".
Liv Audigane, avec Tanguy de Lanlay et François Pitrel