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Richard Ferrand fragilisé par un montage immobilier impliquant sa compagne

C'est une affaire qui pourrait embarrasser le gouvernement d'Edouard Philippe. Selon Le Canard enchaîné, Richard Ferrand, ministre de la Cohésion des territoires, a loué des locaux appartenant à sa compagne alors qu'il était directeur d'une mutuelle. Sur BFMTV, il dénonce une "pseudo-affaire".

Sur le papier, rien d'illégal, pas d'argent public en jeu et aucune plainte. Mais depuis le scandale de l'affaire Penelope Fillon, le moindre soupçon de favoritisme familial peut devenir embarrassant. Le Canard Enchaîné révèle ce mercredi que la mutuelle dont Richard Ferrand, l'actuel ministre de la Cohésion des territoires, était à l'époque le directeur a loué ses bureaux à une société civile immobilière (SCI) dont la gestionnaire n'était autre que la compagne du député du Finistère. 

"Faire d'un acte de gestion banal une pseudo-affaire"

Pour soutenir les candidats de La République en marche en campagne en vue des élections législatives de juin prochain, Richard Ferrand a tenu un meeting mardi à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Mais pas un mot sur les accusations à son encontre. Ce mercredi, il s'est défendu sur BFMTV et assure que tout est transparent. 

"Ceci était connu de tous, c'est parce qu'il était le mieux placé et le moins cher qu'il a été choisi (...) et a fait l'objet d'un renouvellement de bail (...) C'est une sorte de cadeau de bienvenue pour ma nomination au gouvernement. On essaie de faire d'un acte de gestion banal une pseudo-affaire."

Dans un communiqué, son ministère a également réagi: "Cette polémique est le fruit de la nomination récente de Richard Ferrand au ministère de la Cohésion des territoires" et n'a "rien à se reprocher". Matignon estime par ailleurs que l'honnêteté de Richard Ferrand "n'est pas en cause".

Un prêt d'un peu plus de 402.000 euros

Selon Le Canard Enchaîné, qui estime que cette affaire ouvre "la saga des locations familiales", alors qu'il était encore directeur général des Mutuelles de Bretagne en 2011, le secrétaire général d'En Marche aurait favorisé sa compagne, Sandrine Doucen, dans le choix de locaux professionnels pour un loyer annuel de 42.000 euros. L'entreprise a signé un bail avec une SCI, au capital de 100 euros, qu'elle était en train de créer avec un ami de Richard Ferrand. 

Elle aurait par ailleurs acheté les locaux "en mauvais état" à Brest en obtenant un prêt "d'un peu plus de 402.000 euros", précise l'hebdomadaire, "traitement réservé aux acquéreurs qui disposent d'un locataire dont les revenus sont garantis". Des travaux de rénovation, d'un montant de 184.000 euros, ont par ailleurs été exécutés par la mutuelle. La valeur de la SCI de Sandrine Doucen aurait été "multipliée par 3000".

Le ministre ne dément pas

Le Canard enchaîné assure que le fait que la gérante de la SCI soit la compagne de Richard Ferrand n'est pas mentionné dans le procès-verbal du conseil d'administration de la mutuelle. Le ministre ne dément pas mais assume les faits.

"C'était la proposition la moins chère. Le prix était conforme au marché, et rien n'a été caché: tout le monde savait que cette SCI était la propriété de ma compagne", rapporte Le Canard Enchaîné.

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Son fils employé comme assistant parlementaire

Dans un courrier envoyé au Canard enchaîné par le président des Mutuelles de Bretagne et que BFMTV s'est procuré, l'organisme à but non lucratif défend aussi son ancien collaborateur. 

"J'ai bien compris qu'il s'agissait de mettre en cause l'honnêteté de notre ancien directeur général, devenu ministre, qui a non seulement pris une large part au redressement de notre Union mutualiste et a continué jusqu'à une date récente à accompagner son développement."

Autre révélation de l'hebdomadaire: Richard Ferrand aurait employé son fils comme assistant parlementaire en 2014 durant plusieurs mois pour un montant total brut d'un peu moins de 9000 euros. Le ministre de la Cohésion des territoires a indiqué à BFMTV qu'il avait travaillé pour lui de mi-janvier à mi-mai 2014, rémunéré au Smic. "Effectivement, lorsque l'on ajoute les charges, cela donne la somme qui est indiquée". Rédaction de sa lettre de député, de son blog, "un vrai travail d'assistant parlementaire classique", précise-t-il.

Reste que ces révélations pourraient embarrasser l'exécutif, en pleine préparation d'une loi de moralisation de la vie publique qui veut mettre fin aux emplois familiaux pour le personnel politique. Selon le journal, le nouveau ministre de la Cohésion des territoires aurait aussi employé son fils comme assistant parlementaire en 2014. Une pratique devenue très sensible depuis la révélation de l'affaire Fillon en janvier dernier et la démission de Bruno Le Roux, l'ancien ministre de l'Intérieur, accusé d'avoir employé ses filles de 15 et 16 ans lorsqu'il était député de Seine-Saint-Denis. 
Céline Hussonnois-Alaya