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Renforcer l'escorte pour les détenus en permission, une proposition réaliste?

Christiane Taubira propose d'escorter chaque détenu lorsqu'il sort de prison, ce qui n'est pas toujours le cas aujourd'hui. Lundi, un policier a été grièvement blessé par un braqueur fiché en cavale après une permission de sortie.

"Il faut tirer les leçons de ce qui s'est passé", a estimé Manuel Valls mercredi matin après la fusillade en Seine-Saint-Denis dans laquelle un policier a été grièvement blessé par un braqueur en cavale. Le profil du jeune homme a immédiatement provoqué une polémique: il était en cavale depuis qu'une permission de sortie lui avait été accordée. Wilston B. était incarcéré depuis 2011, sa peine s’achevant en janvier 2018

"J'ai commandé un examen précis" des textes de loi sur les sorties de prisonniers "pour savoir s'il y a lieu de les modifier de façon à permettre par exemple d'imposer systématiquement une escorte pour certains détenus, y compris pour ces motifs de maladie grave ou de formalité administrative suite à un décès", a répondu Christiane Taubira mardi à l'Assemblée nationale. Wilston B bénéficiait d'une permission de sortie; plus rares, les autorisation de sortie, elles, se font obligatoirement sous escorte.

"Remettre en cause toute la politique d'aménagement des peines"

"Ce genre de drame doit remettre en cause toute la politique d'aménagement des peines", a fustigé le député Les Républicains Georges Fenech. L'ancien magistrat accuse la ministre de la Justice de "laxisme", comme une partie de la droite qui profite de ce sujet pour critiquer la politique pénale.

Manuel Valls leur a rappelé mardi matin que le détenu avait bénéficié de "l'application de la loi qui n'a pas été réformée depuis 2004". La décision a été prise par un juge d'application des peines après avis de la commission d'application des peines.

"De plus en plus de précautions"

"Les permissions de sortie sont accordées avec de plus en plus de précautions", assure Serge Portelli, magistrat à la cour d'appel de Versailles et membre du syndicat de la magistrature. Interrogé sur la possibilité d'encadrer tous les détenus en sortie il répond: "Si les syndicats de police acceptent qu'on mette un ou deux ou trois policiers derrière les 60.000 personnes qui vont bénéficier cette année d'une permission de sortie, je veux bien. A mon avis ils ne seront pas d'accord".

En effet, Céline Berthon, secrétaire générale du syndicat majoritaire chez les commissaires de police (SCPN) craint un "transfert de mission" entre l'administration pénitentiaire et la police.

"Pas réalisable en l'état des effectifs"

"L'annonce de faire des escortes sur toutes les permissions de sorties ne me semble absolument pas réalisable en l'état des effectifs", a réagi pour sa part Béatrice Brugère, secrétaire générale de FO-Magistrats. "Même les autorisations spéciales avec escortes ne sont pas assumées car il y a des problèmes de personnel", rappelle la vice-procureure à Paris.

Davantage de vidéoconférence

Le député socialiste Joaquim Pueyo, ancien directeur de prison, propose qu'on utilise davantage "la vidéoconférence qui n'est pas suffisamment utilisée et qui permet d'éviter des sorties brèves". Mais cette solution n'aurait pu être utilisée dans ce cas précis.

L'ancien directeur de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis rappelle néanmoins que "le risque zéro n'existe pas" et que les permissions ou autorisations de sorties qui dégénèrent restent rares. 

En effet, le nombre de permissions de sortie accordées aux détenus en France est en baisse constante, de 58.948 en 2012 à 48.841 en 2014. La proportion d’évasion (non-réintégration dans les 48 heures) est stable, autour de 0,5 %, ce qui représente autour de 300 cas par an, indique Le Monde.

Karine Lambin