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Policier blessé à Saint-Ouen: Taubira envisage de modifier la loi sur les sorties de détenus

Mise en cause par la droite et des syndicats de police, Christiane Taubira envisage de mieux encadrer les sorties de détenus, au lendemain d'un braquage ayant laissé un policier dans un état grave en Seine-Saint-Denis.

"Quand allez-vous vous remettre en cause madame la ministre et écouter les Français déboussolés et exaspérés par votre laxisme?", a lancé mardi le député Les Républicains, Georges Fenech, à Christiane Taubira à l'Assemblée. La ministre de la Justice est non seulement mise en cause par la droite mais aussi par des syndicats de police au lendemain d'une fusillade en Seine-Saint-Denis dans laquelle un policier a été grièvement blessé par un braqueur en cavale et fiché.

Connu pour des antécédents de vols à main armée et violences volontaires, le malfaiteur a été tué. Le policier, un père de famille de 36 ans, était lui toujours mardi dans un état très grave, selon des sources concordantes.

La polémique avait enflé dès lundi sur le cas de ce détenu, en cavale depuis qu'il n'était pas rentré d'une permission accordée en mai pour effectuer des formalités administratives après le décès de son père.

"Une polémique indue"

"La circonstance ne permet pas de polémique indue", a répondu Christiane Taubira à l'Assemblée nationale, rappelant que le détenu n'avait en aucun cas bénéficié des nouveaux textes votés depuis son arrivée place Vendôme mais était autorisé à sortir le temps d'un week-end pour régler la succession de son père. La Garde des Sceaux a néanmoins annoncé envisager de nouvelles mesures.

"J'ai commandé un examen précis" des textes de loi sur les sorties de prisonniers "pour savoir s'il y a lieu de les modifier de façon à permettre par exemple d'imposer systématiquement une escorte pour certains détenus, y compris pour ces motifs de maladie grave ou de formalité administrative suite à un décès", a expliqué la ministre de la Justice. Elle a également promis de ne se ranger "ni derrière la fatalité, ni derrière l'erreur d'autrui".

"Pas réalisable en l'état des effectifs"

Le Syndicat de la magistrature (gauche) a noté que ces commentaires émanaient de syndicats "généralement hostiles" aux permissions de sortie des détenus comme à Christiane Taubira, déplorant une "instrumentalisation" de ce fait divers. "Ce n'est pas au travers d'un fait divers, aussi dramatique soit-il, qu'il fait repenser de manière générale la loi", a réagi Laurence Buisson sur BFMTV.

"L'annonce de faire des escortes sur toutes les permissions de sorties ne me semble absolument pas réalisable en l'état des effectifs", a réagi pour sa part Béatrice Brugère, secrétaire générale de FO-Magistrats.

"Même les autorisations spéciales avec escortes ne sont pas assumées car il y a des problèmes de personnel", regrette la vice-procureure à Paris.

Chez les politiques, Claude Bartolone, tête de liste socialiste aux régionales en Ile-de-France, a estimé qu'un gouvernement "digne de ce nom" avait la "responsabilité" de "tirer les leçons" de cet événement.

Il a aussi prôné sur BFMTV et RMC un "tri" dans les fiches S pour savoir lesquelles concernent des personnes "véritablement dangereuses". "Mais en politique, rien ne se règle avec un coup de baguette magique", a conclu le président de l'Assemblée.

K. L.