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Les policiers appellent Taubira à "rendre des comptes" après la permission à un braqueur fiché "S"

L'Ile-Saint-Denis où a eu lieu la fusillade entre un policier et le présumé braqueur en cavale.

L'Ile-Saint-Denis où a eu lieu la fusillade entre un policier et le présumé braqueur en cavale. - Thomas Samson

La colère gronde chez les policiers, après qu'un braqueur multirécidiviste, radicalisé et en cavale, a grièvement blessé l'un d'eux lundi, au terme d'une course-poursuite. Les syndicats dénoncent le manque de moyens face à des malfaiteurs toujours plus lourdement armés. Des moyens promis lundi par Bernard Cazeneuve.

Que faisait-il dehors? Un braqueur multirécidiviste radicalisé en prison et fiché "S", en cavale depuis une permission de sortie accordée en mai dernier, a grièvement blessé un policier lundi, au terme d'une course-poursuite en Seine-Saint-Denis. Agé de 36 ans, le fonctionnaire reste hospitalisé mardi matin dans un état désespéré.

Aidé d'un complice, l'auteur du tir venait de braquer un entrepôt à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. Lui-même touché par balles, il a succombé à ses blessures lundi après-midi.

Les policiers dénoncent le bien-fondé de sa permission de sortie, qui était censée ne durer que le temps d'un week-end, et dont cet individu au casier judiciaire très chargé a profité pour se faire la belle.

Une permission accordée à la légère?

Au lendemain de cet échange de tirs tragique, qui laisse ce policier de 36 ans entre la vie et la mort, l'indignation est à son comble. Des syndicats de policiers ne digèrent pas la permission accordée au braqueur par un juge d'application des peines. "Ce qui est aberrant, c'est qu'un individu avec ce profil ait pu bénéficier d'un aménagement de peine et d'une permission sans garantie", a déploré Synergie Officiers. Pour Alliance, la ministre de la Justice Christiane Taubira doit rendre "des comptes" aux policiers, car "cela veut dire qu'on aurait pu éviter que notre collègue se trouve aujourd'hui entre la vie et la mort".

"La justice n'a pas fait son travail. Cet individu devait être derrière les barreaux. Il était en prison pour des faits relativement grave, on l'a vu, plus de 27 vols à main armée", a dénoncé sur BFMTV Grégory Goupil, membre du syndicat de police Alliance 93.

Armes de guerre contre pistolets automatiques

La question des moyens mis à la disposition des policiers pour lutter contre le grand banditisme est l'autre point d'achoppement qui attise la colère des policiers et de leurs syndicats. Arnaud Leduc, secrétaire départemental de Unité SGP Police, dénonce la dissymétrie des forces en présence.

"Lorsque les policiers prennent leur service, ils ne savent pas s'ils vont rentrer chez eux le soir." (...) Ils se retrouvent "face à des individus armés avec des armes de guerre", s'indigne-t-il.

"Les policiers équipés de "pistolets automatiques ne peuvent pas intervenir face à ce genre d'armement lourd".

Dans l'après-midi, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve s'était rendu sur les lieux du braquage, un entrepôt de livraison de bijoux dans une zone commerciale de Saint-Ouen, puis au commissariat de Saint-Denis. Il a assuré de la détermination du gouvernement à "donner les moyens (...) d'accomplir leur mission dans les meilleures conditions. Il y a eu trop de moyens rabotés ces dernières années dans la police et la gendarmerie. Trop de postes ont été supprimés".
D. N. avec Julien Migaud Muller et Antoine Pollez