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Le silence de Nicolas Hulot sur la taxe carbone ne passe pas inaperçu

Nicolas Hulot garde le silence sur cette mesure qu'il a portée.

Nicolas Hulot garde le silence sur cette mesure qu'il a portée. - Bertrand Guay - AFP

L'ancien ministre de la Transition écologique a porté cette mesure depuis plus de 10 ans. Silencieux depuis son départ du gouvernement, il est attendu sur le sujet le 22 novembre.

Le rendez-vous est donné le 22 novembre prochain. Ce soir-là, Nicolas Hulot sera l'invité de France 2, dans l'Emission politique. Mais jusqu'à cette date, l'ancien ministre de la Transition écologique s'obstine à garder le silence, et ce depuis sa démission. Il est un sujet sur lequel sa parole sera scrutée ce jour-là: la hausse de la taxe sur le prix de carburant, défendue en ce moment par le gouvernement et portée par l'ancien présentateur d'Ushuaïa depuis dix ans.

Une filiation que se plaisent d'ailleurs à rappeler les ministres et leur chef. Ce mercredi, sur RTL, Edouard Philippe a dit ne pas douter que Nicolas Hulot "pourrait assumer" la taxe carbone, une "décision à laquelle il a participé". Le Premier ministre était invité pour dévoiler un ensemble de mesures visant à aider les Français en parallèle de cette hausse, à trois jours de la mobilisation des "gilets jaunes", partout en France.

"Quand on a aimé Hulot, on assume"

Le 23 octobre, Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, faisait déjà le même rappel sur France 2. Il détaillait l'augmentation du gasoil, de "25% en deux ans" et expliquait qu'1,53 euro le litre, "c'est beaucoup". Mais "ceux qui s'alarment de ça sont les mêmes qui, la larme à l’œil, nous disaient 'Nicolas Hulot s'en va, c'est terrible'", pointait-il. Et d'ajouter, plus clairement encore:

"Les Français sont aussi responsables: quand on a aimé Nicolas Hulot, on assume d'avoir une fiscalité comportementale". "On ne peut pas avoir dans notre pays un combat sincère pour l'écologie, contre le réchauffement climatique, et dire 'on ne change rien à nos comportements'", ajoutait Benjamin Griveaux.

L'instauration d'une taxe carbone qui augmenterait régulièrement a été lancée il y a plus de dix ans par Nicolas Hulot avec son "pacte écologique" signé par les principaux candidats à la présidentielle de 2007. En 2013-2014, l'idée est reprise. La loi qui l'entérine adoptée en juillet 2015 par le parlement. Il est alors question d'un objectif de 100 euros la tonne d'ici 2030.

"Il a voulu prendre du champ"

Au mois de septembre 2017, Nicolas Hulot au gouvernement, on savait que la taxe sur le diesel augmenterait de 10%, et le ministre avait indiqué peu avant sa volonté de faire converger les fiscalités du diesel et de l'essence "d'ici trois ou quatre ans", une mesure défendue depuis longtemps et pouvait enfin mettre en place. "Je présenterai un dispositif complet", avec "un certain nombre d'aides" pour encourager les propriétaires de diesel à changer de véhicule", avait-il souligné sur Franceinfo, des mois avant les mesures dévoilées par Edouard Philippe ce mercredi.

Interrogée par Nicolas Beytout ce lundi sur le silence de l'ancien, la nouvelle secrétaire d'Etat à la Transition écologique a botté en touche. "Je crois que Nicolas Hulot a voulu prendre du champ après sa sortie du gouvernement donc il ne s’exprime sur rien, mais en tout cas François de Rugy et moi, Brune Poirson également, on reprend le flambeau. Il y a une feuille de route, il y a un impératif de changement", a déclaré Emmanuelle Wargon.

"Il a posé beaucoup de bases, donc notre responsabilité c’est d’y aller", a-t-elle indiqué, comme si ce silence ne posait pas problème.

"C'est toujours pareil avec lui"

En coulisses, il semblerait pourtant que cette (absence de) posture, en pleine mobilisation des gilets jaunes, dérange certains ministres.

"Il y a une constante chez Hulot: quand on passe à l’étape de la réalisation, qui crée des mécontentements, c’est toujours compliqué pour lui, alors même qu’il poussait les politiques à passer à l’acte", souffle une source de l'exécutif à l'Opinion ce mercredi. "C’est toujours pareil avec lui: dès qu’il y a des coups à prendre, c’est courage fuyons!", s'énerve par ailleurs un ministre.

Des reproches qui fâchent l'entourage de l'ancien ministre, dont le député écologiste François Michel-Lambert. "Nicolas Hulot n’a pas à être le bouc émissaire ou l’argument facile d’un gouvernement qui a oublié de faire de la politique et n’a fait que se conformer aux attentes de Bercy pour remplir les caisses de l’Etat", s'agace l'élu dans le quotidien libéral, estimant que "la taxe carbone n'est utile que si elle sert des politiques écologiques".

A six mois des élections européennes, elle sert en tout cas à l'exécutif à montrer des gages en la matière, alors que sa crédibilité verte avait été sérieusement entamée par le départ de Nicolas Hulot. 

Charlie Vandekerkhove