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Le difficile numéro d'équilibriste de Nicolas Hulot au gouvernement

Nicolas Hulot

Nicolas Hulot - FRANCOIS MORI / POOL / AFP

Le ministre de la Transition écologique se donnait récemment un an pour juger de son utilité au gouvernement. Mais ses récentes déconvenues politiques le fragilisent.

Y a-t-il un malaise Nicolas Hulot? Le ministre de la Transition écologique, numéro 3 du gouvernement, navigue de déconvenue en déconvenue. Dernière en date: mardi, il a admis que la France ne pourrait vraisemblablement pas tenir l'objectif d'une baisse de 50% du nucléaire d'ici 2025, et a évoqué une possible échéance à "2030 ou 2035". Une annonce qui a déclenché la colère des associations écologistes, mais aussi de ses amis d'Europe Ecologie – Les Verts. "Annoncer qu'on n'arrivera pas à respecter cet objectif simplement parce qu'on a écouté le lobby nucléaire, je trouve ça regrettable", a fustigé mardi le député européen Yannick Jadot.

L'annonce sur le nucléaire est une mauvaise nouvelle de plus pour le ministre. A la fin du mois d'octobre, ce dernier a dû défendre sa position sur le glyphosate – une interdiction d'ici 3 ans - face à son collègue de l'Agriculture, Stéphane Travert, qui la réclamait d'ici 5 à 7 ans. Matignon a fini par proposer un délai de quatre ans, avant que Bruxelles propose finalement en faveur de cinq ans. En quelques jours, chacun a pu constater la difficulté pour le ministre d'imposer ses idées.

"Une caution pour le gouvernement"

Ségolène Royal, qui d'habitude ne tarit pas d'éloges pour son successeur, se permet de lui envoyer quelques signaux bien appuyés. "Voter pour un renouvellement du glyphosate, même limité dans le temps, ce serait un changement de pied qui serait incompréhensible", assène-t-elle sur BFMTV. Le mois dernier déjà, l'ancienne ministre de l'Ecologie avait "tiré une petite sonnette d'alarme", affirmant être "non-complaisante mais exigeante" vis-à-vis de son successeur. "Tiens bon, bagarre-toi", lui a lancé de son côté l'ancienne ministre socialiste Delphine Batho. Chez les écologistes, le ton est plus amer: "Pour l'instant, il est surtout une caution pour le gouvernement, un alibi", estime Yannick Jadot.

Cités par Franceinfo, des proches du ministre disaient il y a quelques semaines que Nicolas Hulot en avait "ras-la-casquette. Il est entré dans un rapport de force sur la démission". Au point qu'Emmanuel Macron est intervenu. Le 11 octobre dernier, le président l'a même reçu à dîner, un fait plutôt rare pour un ministre. "Cela a permis de discuter des dossiers et visiblement il a été rassuré", rapporte l'entourage du président. Le lendemain sur France Inter, Nicolas Hulot réaffirmait se sentir "utile" au gouvernement. "En décembre, vous me reposerez la question!", avait-il ajouté, non sans malice.

Car le mois prochain promet d'être de nouveau compliqué pour le ministre: le gouvernement s'apprête à trancher sur l'épineux dossier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Or Nicolas Hulot n'a jamais caché son opposition à ce projet, tout en réaffirmant qu'il laisserait les médiateurs travailler "de façon impartiale". Faudra-t-il que le ministre avale de nouvelles couleuvres? "La première ligne rouge, c'est l'instant où je me renierai", confesse-t-il dans un entretien accordé au Monde le 28 octobre dernier. Et de conclure: "je me donne un an pour voir si je suis utile". Nicolas Hulot tiendra-t-il jusque là?

Ariane Kujawski