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La démission de Nicolas Hulot, une décision militante

L'ex-ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée, le 20 mars 2018 à Paris.

L'ex-ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot, lors d'une session de questions au gouvernement à l'Assemblée, le 20 mars 2018 à Paris. - Alain Jocard - AFP

Refusant de "se mentir" et regrettant l'absence de "troupes (...) derrière lui" afin de mener à bien les travaux qui lui étaient confiés, Nicolas Hulot, engagé depuis des décennies dans la protection de l'environnement avant d'être ministre, a espéré que sa démission ne serait pas "un geste inutile".

"Je ne veux pas donner encore une fois ce sentiment que si je repars, c'est parce que j'y crois." Nicolas Hulot a annoncé ce mardi démissionner du poste de ministre de la Transition écologique et solidaire, sans avoir prévenu l'exécutif au préalable.

"Est-ce que nous avons commencé à réduire l'utilisation des pesticides? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à enrayer l'érosion de la biodiversité? La réponse est non. Est-ce que nous avons commencé à nous mettre en situation d'arrêter l'artificialisation des sols? La réponse est non", a déclaré en préambule Nicolas Hulot au micro de France Inter.

Puis, interrogé sur son maintien au gouvernement ou non, l'homme a annoncé "prendre pour la première fois la décision la plus difficile de (sa) vie". "Je ne veux plus me mentir", a-t-il poursuivi, avant d'ajouter: "Je prends la décision de quitter le gouvernement."

Une décision manifestement difficile, mais aussi militante pour cet homme qui lutte depuis plusieurs décennies pour la protection de l'environnement et la préservation de la biodiversité.

"Qui serait à la hauteur tout seul?"

"Qui serait à la hauteur tout seul? Où sont mes troupes? Qui ai-je derrière moi?", a-t-il demandé, revenant sur son action de ministre et concédant qu'il n'avait "peut-être pas" les épaules pour endosser le rôle.

Notant tout de même sa "profonde admiration pour Emmanuel Macron et Edouard Philippe", Nicolas Hulot a déploré l'absence d'une vision commune sur les missions dont il était chargé.

"Sur la table d'un Président, d'un Premier ministre, il y a de telles exigences sociales, légitimes, de telles souffrances quotidiennes, palpables, qu'évidemment le court-terme préempte tout", a concédé l'ancien journaliste et animateur d'Ushuaïa.

"Je pense qu'on aurait pu partager une vision"

"Mais je pense quand même qu'on aurait pu partager une vision. On aurait eu un jour un Conseil des ministres avec un Premier ministre qui dise au gouvernement 'voilà la feuille de route, voilà la vision, voilà le but ultime, voilà le chemin, et on y va tous ensemble, ce n'est pas un ministre tout seul'...", a-t-il regretté.

"Je sais que seul je n'y arriverai pas. (...) j'ai un peu d'influence, je n'ai pas de pouvoir", a estimé sur France Inter celui qui espère que sa démission pourrait provoquer un "sursaut".

Nicolas Hulot a concédé finir par "avoir une forme d'indifférence sur les échecs". "Je me suis surpris parfois par lassitude à baisser les bras, et à un moment ou un autre à baisser mon seuil d'exigence. Là je me suis dit 'C'est le moment d'arrêter'", a expliqué celui qui n'a prévenu ni le Président ni le Premier ministre, de crainte qu'ils ne le fassent changer d'avis.

"J'ose espérer que le geste de ce matin n'est pas inutile"

"La décision de Nicolas Hulot de quitter le gouvernement doit sonner comme un électrochoc", a réagi sur Twitter le député de la majorité Matthieu Orphelin, engagé sur les questions d'écologie et proche de l'ancien animateur.

"Pour tout le monde. Il faut faire plus, beaucoup plus. Pour le climat, la biodiversité, l'environnement, la solidarité. Et changer de modèle et de priorités. Car pour l'instant, on va dans le mur", a-t-il insisté.

"J'ose espérer que sur l'ensemble de mon engagement, je n'ai pas été inutile", a confié Nicolas Hulot ce mardi. "J'ose espérer que le geste de ce matin n'est pas inutile", a fait valoir le désormais ex-ministre.

Liv Audigane