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La déclaration de Le Drian en faveur de Valls, un coup dur pour Hollande

François Hollande et Jean-Yves Le Drian le 4 novembre 2016. (Photo d'illustration)

François Hollande et Jean-Yves Le Drian le 4 novembre 2016. (Photo d'illustration) - Jean-François Monier - AFP

Les déclarations du ministre de la Défense, favorable à une candidature de Manuel Valls en cas de renoncement de François Hollande, ressemblent au coup de grâce pour le chef de l'Etat.

Le coup de grâce. Pour François Hollande, la petite phrase de Jean-Yves Le Drian à propos d'une éventuelle candidature de Manuel Valls à la présidentielle a valeur de trahison suprême. "Si d'aventure le président de la République estimait ne pas devoir se présenter, alors à mon avis Manuel Valls serait naturellement (…) évidemment à ce moment-là, je pense, le mieux placé pour assurer cette fonction", a assuré le ministre de la Défense.

La position de Jean-Yves Le Drian a surpris. Car, non content d'avancer l'idée d'une candidature de Manuel Valls, le ministre de la Défense n'a pas non plus appelé de ses vœux celle de François Hollande, ainsi que l'a remarqué un membre du gouvernement interrogé par l'AFP. Un proche de Manuel Valls y voit également "un signe" que ce personnage "crucial" au sein du gouvernement, "loyal" mais aussi "ami" de François Hollande, "se rend bien compte que la situation est extrêmement compliquée".

Les deux hommes sont pourtant proches, et même amis de longue date. C'est chez Jean-Yves Le Drian que François Hollande, candidat à la primaire du PS, avait tenu son premier meeting en 2009. Fidèle parmi les fidèles, il avait alors été l'un des premiers à le soutenir. Et lors de son élection à la tête de la région Bretagne, François Hollande, pourtant opposé au cumul des mandats, l'avait autorisé à conserver son poste au gouvernement.

Des confidences classées secret-défense

Désormais, l'ambiance a changé.

"Quand on voit la manière dont la gauche ressemble à une bombe à fragmentation, tout s'éclate de partout, à un moment donné on voit bien qu'il faut une boussole. Est-ce que la boussole sera le président de la République sortant? C'est à lui de le dire", a encore lancé Jean-Yves Le Drian dimanche.

Pourquoi une telle prise de distance? "Le Drian a toujours fait sa danseuse", soupire un "hollandais" dans Le Parisien. En 2013, le même avait manœuvré avec d'autres ministres en coulisses pour installer Manuel Valls à la tête du gouvernement. Son adhésion au Premier ministre ne date donc pas d'hier.

Mais surtout, Jean-Yves Le Drian n'aurait pas du tout apprécié les confidences de François Hollande à Fabrice Lhomme et Gérard Davet, dans le livre Un président ne devrait pas dire ça. Le chef de l'Etat s'y exprime notamment sur les "opérations homo", ces exécutions de terroristes qu'il a admis avoir autorisées. Des informations classées secret-défense, qui passent mal chez le patron de "la Grande Muette".

Une pression pour forcer Valls à se déclarer?

François Hollande, qui tente depuis la sortie du livre d'en minimiser les effets, voit en deux semaines deux de ses amis les plus anciens se tourner publiquement vers Manuel Valls, et implicitement mettre en doute sa propre candidature. Car avant Jean-Yves Le Drian, Michel Sapin a lui aussi estimé publiquement que le Premier ministre ferait un "candidat naturel" si jamais le chef de l'Etat venait à renoncer.

A moins que ces déclarations ne soient le fruit d'une stratégie bien huilée? Selon un parlementaire proche de Hollande interrogé par Le Scan, il s'agirait plutôt d'une pression exercée par les partisans du Président pour forcer Manuel Valls à sortir du bois. Mais cette stratégie comporte un risque, celui d'installer l'idée d'une candidature du chef du gouvernement. Dans tous les cas, François Hollande va devoir rapidement s'exprimer, sous peine de se voir débordé par son propre Premier ministre. Selon Le Parisien, il pourrait annoncer sa candidature plus tôt que prévu, après le deuxième tour de la primaire à droite.

Ariane Kujawski