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La cigarette, ennemie numéro 1 d'Agnès Buzyn

Agnès Buzyn à l'Assemblée nationale le 31 octobre 2017.

Agnès Buzyn à l'Assemblée nationale le 31 octobre 2017. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Après avoir annoncé l'objectif du paquet de tabac à 10 euros en 2020, la ministre de la Santé a évoqué "une action ferme" pour limiter la place de la cigarette dans le cinéma français.

C'est peut-être à son tour de prendre la lumière. Dans le gouvernement, Agnès Buzyn fait partie des ministres issus de la société civile, dont beaucoup sont relativement méconnus des Français. Fin décembre, un sondage révélait que 38% d'entre eux ne connaissaient pas Edouard Philippe. Début novembre, une nouvelle étude a montré que la ministre de la Santé n'était pas du tout ou pas suffisamment connue de 64% des sondés pour qu'ils expriment une opinion à son sujet. Mais cela pourrait bientôt changer. Avant la rentrée scolaire, sa décision de rendre onze vaccins obligatoires et d'interdire l'accès à l'école aux enfants qui ne seraient pas à jour a déjà fait parler d'elle. Mais la semaine dernière, ce n'est pas une proposition en tant que telle mais une phrase de la ministre qui a fait des remous:

"Je ne comprends pas l'importance de la cigarette dans le cinéma français." 

"Je veux qu'on ait une action ferme là-dessus"

La ministre de la Santé était interpellée par une sénatrice socialiste à propos du cinéma qui selon cette dernière "valorise" et "banalise" le tabac. "La Ligue contre le cancer démontre dans une étude que 70% des nouveaux films français mettent à l’image au moins une fois une personne en train de fumer. Ça participe peu ou prou à banaliser l’usage, si ce n’est à le promouvoir, auprès des enfants et des adolescents, qui sont les premiers consommateurs de séries et de films, sur internet notamment", s'est indignée Nathalie Grelet-Certenais" lors de l'examen du budget de la Sécurité sociale, comme l'a rapporté Public Sénat

Un point de vue partagé "totalement" par Agnès Buzyn.

"Je veux qu’on ait une action ferme là-dessus. Je ne comprends pas l’importance de la cigarette dans le cinéma français. J’en ai parlé au conseil des ministres ce matin à Françoise Nyssen (la ministre de la Culture, ndlr) pour l’alerter. Il y aura des mesures en ce sens", a-t-elle répondu.

Une figure du cinéma français réagit 

L'idée fait déjà réagir dans le cinéma français. Ce lundi, Serge Toubiana, président d'UniFrance, une organisation chargée de la promotion du cinéma français dans le monde, réunissant 1.000 acteurs du secteur, a réagi auprès de France Info. Il dit voir dans cette possibilité "un aveu de l'échec public de toutes les politiques de santé depuis des décennies". Il a fait observer: "Interdire n'a jamais aidé à quoi que ce soit. Au contraire, cela crée une société de la peur, une société sur la défensive, une société qui n'a pas confiance en ses lois, en ses règles. Je suis absolument terrifié à cette idée."

Scandalisé, il s'est aussi interrogé sur le sort qu'on réserverait au cinéma français élaboré avant ce type de législation, ou même à la représentation de certains grands personnages historiques, grands fumeurs devant l'éternel:

"Il faudrait brûler tous les films de Claude Sautet, les interdire à tous les publics. Il ne faudrait plus jamais regarder un film avec Humphrey Bogart, c'est dangereux. Il ne faudrait plus jamais montrer Winston Churchill en train de fumer le cigare, ou le général de Gaulle, sans parler de Georges Pompidou."

"Bloquée par des choix très peu courageux"

Cette proposition controversée correspond chez cette médecin, ancienne directrice de l'Institut national du cancer, à une conviction personnelle. Parmi ses premières victoires au ministère, l'objectif du paquet de tabac à 10 euros en 2020, qui sera atteint après six hausses de prix consécutives. "Cela permet aux gens de se préparer, de trouver les moyens d’arrêter de fumer, c’est un calendrier qui permet à chacun de se mettre dans la perspective de l’arrêt", justifiait alors la ministre.

"Aux responsabilités que j’ai occupées, j’ai été bloquée par des choix très peu courageux. J’ai milité pour une hausse du prix du tabac, j’ai obtenu péniblement dix centimes…", déplorait-elle en octobre au Monde, quelques semaines avant cette annonce. "Voir des jeunes fumeuses me rend malade physiquement", ajoutait-elle. Comme le précise le quotidien, il lui arrivait même d'aborder de jeunes fumeurs dans la rue, et d'être moquée par ses fils pour cette raison. 

"Génération sans tabac"

Dans sa feuille de route adressée le 15 juin au Premier ministre, Agnès Buzyn affichait des ambitions claires: "mon objectif est que la génération qui naît aujourd'hui soit la première génération sans tabac", écrivait-elle dans ce document qui devait faire l'objet d'arbitrages avant le discours de politique générale d'Edouard Philippe. Pendant la campagne, Emmanuel Macron s'était dit favorable au paquet à 10 euros. Sur une éventuelle limitation de la cigarette sur les écrans, aucune proposition précise n'est pour le moment formulée. Mais rien ne permet de dire à ce stade si l'exécutif suivra la ministre dans cette direction.

En 2015, alors qu'elle dirigeait l'Institut national du cancer et qu'Emmanuel Macron était au ministère de l'Economie, ils s'étaient retrouvés en désaccord sur un assouplissement de la loi Evin sur l'alcool, accusé de favoriser in fine la promotion des boissons alcooliques. "Une augmentation de 1% des investissements dans les publicités pour l’alcool, c’est 0,15% d’alcool consommé en plus", avait dénoncé Agnès Buzyn. 

Charlie Vandekerkhove