BFMTV

Avec ou sans Philippe? En affichant ses ambitions, Darmanin lance la course du remaniement

En affichant sans détour ses ambitions politiques ce dimanche, Gérald Darmanin signe d'une certaine manière le début des grandes manoeuvres en vue d'un remaniement qui semble inévitable. Reste à savoir quand, comment, et s'il se fera ou non avec Édouard Philippe dont la cote de popularité n'a de cesse de grandir.

En déclarant vouloir "peser davantage" pour l'avenir du pays dans le Journal du dimanche paru ce jour, Gérald Darmanin n'a pas caché ses ambitions politiques. "Oui, c'est une mise à disposition", nous confirme son entourage. Un appel du pied comme l'histoire politique française en connaît d'innombrables, mais qui donne quelques indices de taille sur la prochaine séquence à venir pour le quinquennat d'Emmanuel Macron, au sortir d'élections municipales coupées par trois mois et demi d'une crise sanitaire et économique inédite.

En s'imaginant à un poste plus important - et pourquoi pas à la tête du gouvernement - celui qui vient d'être officiellement réélu maire de Tourcoing accrédite à sa façon l'hypothèse d'un remaniement proche. Nombreux sont ceux à se positionner secrètement sur la ligne de départ, quand bien même personne ne sait quand le coup d'envoi sera donné.

  • Un remaniement en juillet apparaît comme quasi incontournable

Une telle échéance semble à vrai dire inévitable à en croire certains membres du gouvernement. "Tout le monde se fige, dans l'attente du remaniement. Tout le monde l'attend" confie à BFMTV un ministre.

"Ça permet de clore une séquence", commente un autre, avant de poursuivre: "Le déconfinement, les municipales, une nouvelle équipe qui s’installerait pendant l’été. Ça fait trois ans que le rythme ne s'arrête pas. Il faut du frais, et il faut du neuf."

Sauf dégradation de la situation sanitaire en France, la date du second tour des Municipales a officiellement été calée au 28 juin. Une fois ce chapitre refermé, le président de la République aurait ainsi tout l'été pour plancher sur sa nouvelle équipe gouvernementale. Certaines voix se font entendre pour qu'il agisse vite: "La crise économique et la rentrée vont être musclées" rappelle un autre membre du gouvernement interrogé par nos soins. "Donc il faudra une équipe 'installée' à la rentrée. Faire un remaniement en septembre, ça serait brouiller les messages." Plutôt juillet, donc.

  • Avec ou sans Édouard Philippe?

Si certains s'imaginent déjà volontiers à sa place, rien ne dit que le sort d'Édouard Philippe soit aujourd'hui scellé. Le président de la République serait en coulisses très indécis sur cette question. Voilà ce qu'en dit un dirigeant de la République en Marche:

"Si le Premier ministre gagne au Havre, il va rester. Il est trop populaire pour partir." Cette source estime même que "Macron ne peut pas s’en séparer" car l'actuel locataire de Matignon "est plus dangereux à l'extérieur qu’à l’intérieur".

A contrario, beaucoup de ministres et de membres de la majorité ont déjà fait une croix sur Édouard Philippe. Certains ont vu dans ses "confidences" d'envies d'ailleurs une réalité plus sombre: dire qu'il souhaite sortir pour cacher le fait qu'il n'est plus souhaité.

Un membre influent de la majorité, lui, y voit une manœuvre pour rester, justement: "C'est une opération de com': il veut rester, il fait juste monter les enchères. Il dit partout qu'il veut rester, mais il affiche politiquement des envies d'ailleurs pour se rendre désirable. Justement parce qu'il veut rester." Selon ce même conseiller, Édouard Philippe n'aurait ainsi "pas d'autre choix que de partir, affaibli par son cabinet, et évincé par le président de la République."

"A force de parler du Havre, peut-être pour faire monter les enchères, il a fini par en avoir vraiment envie", croit savoir de son côté un ministre qui penche donc pour son départ après "trois années extrêmement chargées à Matignon" et "crise sur crise": "En plus il sort avec une popularité qui n’a cessé de grandir pendant la crise, donc la tête haute."
  • Blanquer? Le Drian? Longtemps considéré parmi les "premiers-ministrables", le ministre de l'Education Nationale Jean Michel Blanquer ne tient plus la corde. Ses erreurs pendant la crise sanitaire pourraient lui coûter cher, même s’il est protégé par le Château. "Il est démonétisé. Avec les profs, c’est la catastrophe. Pourquoi il irait à Matignon?", s'interroge un député.

Jean-Yves Le Drian, marqué à gauche, pourrait incarner ce virage social promis par Emmanuel Macron. Mais il y a la question de son âge. Et il est bien là où il est. "Il est très heureux à ce poste et considère qu'Édouard Philippe fait du bon boulot", glisse t-on dans son entourage.

  • Darmanin et les ombres de Bayrou et Le Maire

Il est le plus "social des ministres de droite", tacle un membre de la majorité. S'il reste un Sarkozyste, il s'est beaucoup rapproché du Président depuis le début du quinquennat, au point même de faire figure de chouchou aux yeux de certains.

Deux handicaps: le premier, c'est François Bayrou avec qu'il nourrit des "relations très fraîches". "Bayrou ne le porte pas dans son cœur, peut-être parce qu’il voit derrière lui l'ombre de Sarko" nous dit un ministre.

"Bayrou étant le nouvel homme de la majorité, tenant dans ses mains la majorité absolue au Parlement depuis que LaREM l’a perdue, le mettre rue de Varenne serait une pierre dans le jardin du Béarnais."

Deuxième handicap de Gérald Darmanin: son colocataire de Bercy, et lui aussi candidat quasi déclaré à Matignon: Bruno le Maire. "Imaginez la tête de Bruno Le Maire, qui ne cache à personne son envie de la rue de Varenne..." Un timbale que le ministre de l'Économie ne serait lui-même pas prêt de décrocher: "Il a fait trop de forcing", juge un conseiller qui le voit en revanche être récompensé par "un poste prestigieux" comme "le pilotage du plan de relance".

  • Entre Philippe et Darmanin, la majorité balance

Au sein du gouvernement en tout cas, les partisans d'Édouard Philippe restent nombreux. Ils estiment qu’il a "tenu la baraque" pendant la pandémie du coronavirus, qu’il a fait du bon boulot. Un responsable de groupe ajoute "c'est pas mal aussi d'avoir un Premier ministre populaire, et il n’a cessé de grimper dans les sondages".

Un autre ministre acquiesce: "Philippe va rester car il n'y a personne d’autre. Il y a un problème de casting."

Gérald Darmanin a aussi ses supporters. "Si Philippe part, il n'y a que lui, en réalité", prédit une source bien placée, qui y voit par ailleurs un choix stratégique en vue de 2022. "Darmanin a un avantage très conséquent: il est historiquement très proche de Xavier Bertrand, de part sa circonscription et son histoire politique. Et si on le fait monter, ça le détachera de Bertrand, et ça affaiblira Bertrand, ça commence à le neutraliser pour 2022".

  • Vers un remaniement plus large ou restreint?

Reste à savoir comment remanier: par petites touches, ou plus profondément? Les avis sont très partagés. Certains disent que si Édouard Philippe reste, il faut remanier beaucoup. D'autres pensent au contraire que s’il part, c'est à ce moment qu'il faut renverser la table et tout changer. L'idée du remaniement large semble aujourd'hui privilégiée, et s'axerait sur trois thèmes: "social", "relance économique" et "écologie".

Jean-Michel Blanquer et son homologue à la Justice Nicole Belloubet sont régulièrement donnés partants. Christophe Castaner aurait moins de souci à se faire, car il se referait "une petite santé sur le déconfinement, plutôt bien géré" selon les pronostics d'un autre ministre.

Un nom est à exclure d'office: Manuel Valls. "Valls, ministre? Jamais de la vie, il a beau afficher tout ce qu'il veut, et 'gratter' le président de la République, Macron ne lui fait pas confiance. Il connait aussi son impopularité", affirme un conseiller proche du chef de l'Etat.

Le service politique avec Jérémy Maccaud