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Ému, Rugy passe le "témoin" à Borne: "Une vie d'engagement ne se résume pas à quelques images"

Rappelant son attachement à une action écologique "au cœur des institutions", l'ex-ministre a fustigé, sans citer Mediapart, ceux qui par "atavisme" se "méfient" du pouvoir.

"Nous nous retrouverons", a assuré François de Rugy ce mercredi, annonçant qu'il allait continuer à se consacrer à l'écologie malgré son départ du gouvernement. Au ministère de la Transition écologique et solidaire, le démissionnaire a passé son "témoin" à Élisabeth Borne. Les secrétaires d'État Brune Poirson et Emmanuelle Wargon, maintenues à leur poste, étaient également présentes. 

Visiblement ému, l'ex-ministre a tenu à rappeler son passé militant, avec cette phrase en réponse aux multiples révélations publiées par Mediapart

"Aucune maladresse commise, aucune erreur regrettée et payée au prix le plus élevé et le plus cruel, ne peut venir effacer les actes posés, les avancées réalisées, les moyens dégagés pour mener concrètement une politique de progrès écologique. (...) Une vie d'engagement ne se résume pas à quelques images. Oui, ici, nous avons agi." 

Plaidoyer pour l'écolo-réalisme

Celui qui redevient désormais député de Loire-Atlantique a défendu sa vision d'une écologie "au cœur des institutions, où se prennent les décision structurantes pour le pays".

Et de tacler, au passage (et sans les nommer), ceux qui lui ont toujours reproché, justement, de ne pas avoir une vision suffisamment militante ou volontariste des enjeux environnementaux - à l'inverse, par exemple, de son prédécesseur Nicolas Hulot.

"Ce choix de l'action politique ne va pas de soi. Il y en a même qui s'en méfient presque par atavisme; qui le vilipendent presque par réflexe; qui le combattent presque par principe; qui cherchent en permanence à le salir, presque par idéologie", a-t-il fustigé.

Même si François de Rugy n'a jamais évoqué Mediapart dans son discours de passation, il est difficile de ne pas voir dans son propos une attaque en règle contre le site d'investigation dirigé par Edwy Plenel. Ou, par ailleurs, contre ses adversaires écologistes se revendiquant d'un militantisme dur, ou même les cadres de son ancien parti, Europe Écologie-Les Verts, qui l'ont beaucoup critiqué durant son bail au ministère. 

"Soulagement personnel"

Énumérant ses précédents engagements militants et évoquant son passé d'élu local, l'ex-ministre a affirmé que son départ était pour lui un "double soulagement". Le premier, "politique", lui a permis de rendre hommage à son successeur, Élisabeth Borne, qui ajoute donc la Transition écologique à son portefeuille des Transports.

"Je sais votre engagement, votre sens de l'État, votre détermination (...) à conduire les transformations écologiques contre toutes les inerties", a adressé François de Rugy à l'ancienne directrice du cabinet de Ségolène Royal, à l'époque où celle-ci occupait le ministère de l'Environnement.

"Il est aussi un soulagement plus personnel", a poursuivi l'ancien ministre d'État. "Je dirai simplement que si l'engagement politique apporte des satisfactions, il charrie aussi des difficultés, des douleurs, même, parfois. (...) On en prend le parti, on accepte d'en payer le prix, mais aussi pour ses proches, (...) l'entourage familial: ma femme et nos enfants, malmenés."

Vraisemblablement, François de Rugy va désormais se consacrer, au moins en partie, à la plainte en diffamation qu'il a déposée à l'encontre de Mediapart. Quant aux fameux dîners organisés à l'Hôtel de Lassay sous son égide, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a indiqué que les résultats de l'enquête diligentée par la déontologue de l'Assemblée nationale seraient "publiés".

Jules Pecnard