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Le très discret passé écologiste d'Elisabeth Borne

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- - LOIC VENANCE / AFP

La promotion d'Elisabeth Borne aux fonctions de ministre de la Transition écologique est vivement contestée sur sa gauche. Ancienne directrice de cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci occupait des responsabilités similaires, la remplaçante de François de Rugy ne s'est pas démarquée par son parcours écologiste par le passé.

"On a une nouvelle ministre qui n’a jamais prononcé un discours sur l’écologie!" s'est exclamé ce mercredi matin sur BFMTV-RMC le député insoumis élu dans la Somme, François Ruffin, au sujet de l'arrivée d'Elisabeth Borne au ministère de la Transition écologique. Sans aller jusqu'à dire que le passé écologiste de la promue est nul, il faut reconnaître que l'histoire de ses engagements en la matière est quelque peu fluette. 

Maigre bilan

Jusqu'ici ministre des Transports, elle a tout de même annoncé il y a une semaine la mise en place, à compter de 2020, d'une éco-taxe sur les billets d'avion. L'Express remarquait cependant il y a quelques jours que les taux divulgués, par exemple 1,5 euro en classe économique et 9 euros en classe affaires sur les vols internes à l'Europe, et 3 euros en classe économique et 18 euros en classe affaires dans le cas des périples extra-européens, étaient bien inférieurs à ceux déjà pratiqués par certains de nos voisins. 

A la tête de son ancien portefeuille, elle ne s'est d'ailleurs jamais départie d'une grande prudence au moment d'aborder les chapitres environnementaux de la politique nationale. Ainsi, invitée le 4 janvier 2018 à s'exprimer sur le sujet ô combien brûlant alors de l'éventuelle construction d'un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dossier lâché depuis par l'exécutif, elle se contentait d'observer à la télévision, comme le repérait L'Opinion:

"Les médiateurs ont mis sur la table une alternative avec des avantages et des inconvénients et maintenant il faut écouter les différents élus. Il y a des points de vue très contrastés sur le sujet, c’est un sujet passionnel". 

Confusion et prudence

Plus récemment, le 5 juillet dernier, toujours nuancé, elle se prenait pourtant les pieds dans le tapis environnemental. Sur France Info, elle assurait ainsi: "Si vous avez un 4×4 qui a un Crit’Air 1, ça veut dire qu’il ne pollue pas". Pourtant, si la vignette Crit'Air, comme l'a rappelé Le Monde, prend bien en compte certains polluants, elle ne retient pas les émissions de CO2 par les véhicules qu'il s'agit d'évaluer. 

Une ligne du CV d'Elisabeth Borne emprunte bien, toutefois, les chemins de l'écologie. Elle a en effet été la directrice de cabinet de Ségolène Royal lorsque celle-ci était ministre de l'Écologie. Mais, d'une part, il a suffi d'un an, de fin avril 2014 à mai 2015, pour refermer cette brève parenthèse dans la vie d'Elisabeth Borne, et d'autre part, on ne peut pas dire qu'Elisabeth Borne soit souvent sortie de sa réserve durant cette période. A peine, plaidait-elle en juillet 2014 pour une "meilleure récupération et réutilisation de l'eau", comme le notait alors Actu Environnement.

Une vive opposition

Il apparaît d'ailleurs que le portrait d'Elisabeth Borne en écologiste est critiqué de longue date, depuis sa nomination auprès de Ségolène Royal justement. Le Parti de gauche s'était vivement opposé à son arrivée, via sa cadre parisienne Danielle Simonnet qui la qualifiait même d'"antiécologiste notoire". Elle reprochait à Elisabeth Borne d'avoir appuyé, lorsqu'elle dirigeait le service urbanisme de la mairie de Paris, la construction de la Tour Triangle, dont l'édification est prévue du côté de la Porte de Versailles à partir de 2020 et dont l'impact énergétique est dénoncé par plusieurs associations. 

Ses détracteurs peuvent enfin reprocher à Elisabeth Borne des déclarations aussi tranchées que récentes. En juin dernier, en marge du Paris Air Forum, elle lançait ainsi: "N'en déplaise aux détracteurs de l'avion, je préfère une petite ligne aérienne qui désenclave rapidement et efficacement, à la construction de très grandes infrastructures de lignes à grande vitesse à la fois lointaines et coûteuses, et dont le bilan carbone n'est pas des plus évident". 

Robin Verner