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"C'est l'accumulation qui le pousse à partir": les coulisses de la démission de François de Rugy

François de Rugy à l'Élysée en mai dernier.

François de Rugy à l'Élysée en mai dernier. - Ludovic MARIN / POOL / AFP

Selon une source gouvernementale, les dernières questions envoyées par Mediapart au ministre d'État, dans le cadre de nouvelles révélations, ont été décisives. L'avant-veille encore, François de Rugy était résolu à se maintenir à son poste.

"Ça a été la goutte de trop." Ce week-end, François de Rugy semblait encore résolu à défendre sa place au sein du gouvernement. S'exprimant dans les colonnes du Journal du Dimanche, il espérait que son dossier serait clos "fin juillet", à l'issue des vérifications réalisées par la déontologue de l'Assemblée nationale. 

Tout a changé le lendemain, lorsque le ministre de la Transition écologique et solidaire a reçu une nouvelle salve de questions envoyées par Mediapart. Elles portaient sur le fléchage, lorsqu'il était député de Loire-Atlantique, d'une partie de son indemnité représentative de frais de mandat vers les caisses de son parti de l'époque, Europe Écologie-Les Verts. 

"Il a jugé qu'il fallait quitter le gouvernement pour pouvoir se défendre correctement. Ce matin il est allé voir le Premier ministre, ça devait être une simple réunion de travail, mais finalement il lui a présenté sa démission. Le Premier ministre en a pris acte. François de Rugy est très affecté", rapporte son entourage auprès de BFMTV.

"Il n'a pas été poussé dehors!"

Une source gouvernementale confirme ce récit. Au départ, tout indique que le ministre veut se consacrer à son rendez-vous de travail. "Les dossiers étaient prêts, les membres de cabinet aussi." 

"Il a demandé un tête-à-tête au Premier ministre. Il n'a pas été poussé dehors! C'est sa décision, il a dit qu'il voulait partir. C'est l'accumulation qui le pousse à partir", poursuit cette source.

Reste à régler l'épineuse question du remplacement de l'intéressé. Comme nous l'avons écrit, le vivier disponible pour Emmanuel Macron est de plus en plus mince. Le chef de l'État en est d'ailleurs conscient, comme en témoignent des propos rapportés par Le Canard enchaîné:

"Si, chaque fois que Mediapart tire sur un ministre, avait poursuivi Macron, il faut le faire démissionner, on aura vite épuisé la réserve gouvernementale. Donc on ne cède pas. Ce serait une jurisprudence dangereuse". 

Remplacement éclair

Mardi soir, tard, le dilemme a finalement été vite réglé. Décidé à éviter un nouveau feuilleton d'été désastreux, Emmanuel Macron a choisi une solution éclair pour tenter de sortir au plus vite de l'affaire Rugy, en nommant la ministre des Transports Elisabeth Borne pour succéder au ministre de l'Ecologie démissionnaire.

"Le président a souhaité que cela aille extrêmement vite", a commenté une source proche de l'exécutif, contrairement à plusieurs remplacements précédents qui avaient traîné en longueur. 

Jules Pecnard avec Camille Langlade et Julia Van Aelst