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Gilets jaunes: le profil controversé de Maxime Nicolle, alias "Fly Rider"

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - PASCAL GUYOT / AFP

Maxime Nicolle, qui s'est choisi le pseudonyme de "Fly Rider" sur les réseaux sociaux, est l'une des figures médiatiques mais aussi les plus décriées du mouvement des gilets jaunes. Il s'est exprimé auprès de BFMTV.com.

C'est au soir du 26 novembre, alors qu'il venait d'être nommé pour figurer au sein d'un groupe de huit porte-paroles (qui fera long feu) des manifestants, que la notoriété de Maxime Nicolle a explosé. Le jeune homme de 31 ans, intérimaire dans les transports originaire des Côtes-d'Armor, participait aux côtés d'autres gilets jaunes à l'émission "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna, sur C8. En invitant le Breton, "Baba" recevait "Fly Rider" ("cavalier volant" en anglais), c'est-à-dire un homme devenu depuis le début du mouvement l'administrateur bien connu d'une page Facebook très suivie (123.415 abonnés à ce jour), "Fly Rider Infos Blocage". 

Le vrai et le faux 

C'est par ses vidéos sur le réseau social, dans lesquelles Eric Drouet, le gilet jaune qui a confirmé mercredi soir sur notre plateau sa volonté de marcher sur l'Elysée pour y "entrer et se faire entendre", que Maxime Nicolle s'est fait connaître de son public. Mais, depuis ses premiers passages télévisés, son aura médiatique a changé: de la description d'un simple citoyen, exaspéré par les difficultés sociales rencontrées par une partie de la population, il est désormais considéré comme un complotiste. France Info a même décrypté deux de ses dernières vidéos, lui reprochant de mêler le vrai, le faux, l'information vérifiée à la rumeur.

Le principal intéressé est revenu auprès de nous, par téléphone, sur ce qualificatif. "Les théories du complot, les bruits autour de francs-maçons par exemple, je n'y crois pas du tout. Les complotistes, pour moi, ce sont des gens qui affabulent. Moi, ce que je dis a été vu et filmé", dit-il. De là, il réitère ses accusations déjà formulées plus tôt, de l'Arc de triomphe transformé selon lui "en goulot d'étranglements pour que des camions circulent" autour de l'édifice adressant aux protestataires des "tirs tendus de gaz lacrymogènes", aux "policiers casseurs". 

Les autorités ont déjà répondu sur ces deux points, démentant tout d'abord auprès de France Info toute intention d'acculer les manifestants pour les prendre au piège. "L'idée était d'adopter un dispositif adapté, qui permette aux manifestants d'accéder aux Champs-Elysées dans un cadre sécurisé et sans casseurs, après examen des sacs et un contrôle d'identité", avait expliqué la Place Beauvau. Et, via son compte officiel sur Twitter, la police nationale s'est inscrite dès dimanche en faux contre la rumeur, qui n'appartient pas en propre aux gilets jaunes mais revient périodiquement lors des grandes mobilisations, de policiers se joignant aux violences et à la casse:

"Faux. Comme dans toute manifestation, les policiers en civil procèdent discrètement à des interpellations et renseignent sur les mouvements du cortège". 

Parmi les propos contestables qu'il tient, Maxime Nicolle se fait parfois l'écho de on-dits qu'il ne reprend pas tout à fait à son compte. Dans une vidéo, faisant référence à la signature lundi prochain de deux pactes, d'une part sur la migration, de l'autre sur les réfugiés, à Marrakech lundi prochain, il a ainsi déclaré: "Le 10 décembre, un accord va être voté par Macron qui ferait passer la gestion de la France, enfin des pays de l'Europe, par l'ONU", avant d'ajouter que l'"info qui n'est pas confirmée" et que "plein de gens (le lui) disent", mais qu'il ne "trouve pas de source officielle qui prouve le truc". Et pour cause, car la souveraineté de la France n'est absolument pas en jeu, comme l'a rappelé France Inter qui note qu'il s'agit de surcroît de textes non-contraignants et essentiellement symboliques. Maxime Nicolle se défend auprès de BFMTV.com de lâcher à la légère des nouvelles tronquées, ou défigurées au point de devenir des mensonges: "Je ne suis représentatif de personne. Je n'ai pas la science infuse. Je ne diffuse pas des infos comme le Messie, j'ai aussi besoin qu'on m'en donne. C'est de l'échange!"

L'affaire Argillier 

L'administrateur et vidéaste s'est aussi signalé par un curieux message dimanche dernier. Il y disait avoir été contacté par un mystérieux personnage, l'avoir rencontré dans sa villa niçoise, y avoir vu des documents stupéfiants, à même de "déclencher la troisième guerre mondiale" et ce "en même pas une heure". Quant au détenteur de ces brûlots, son identité causerait "un AVC" au président de la République de 40 ans.

Depuis, l'énigmatique inconnu a tombé le masque, prenant même la parole dans une conférence, comme l'a remarqué Nice Matin. Et ce Philippe Argillier, qui s'est présenté comme ex-consultant de "trois pays étrangers" et bon connaisseur des arcanes du pouvoir, évoquant même un "gouvernement officieux" selon L'Express, n'a pas franchement convaincu tout le monde à en juger par les réactions de la salle et les commentaires suscités par la vidéo, dont celui-ci: "On doit les faire rire les Macron et compagnie !"

Samedi, "ça va être très dangereux" 

Maxime Nicolle était présent lors de cette conférence, s'emparant même du micro. En publiant sa vidéo sur Facebook, il demandait à "chacun de se faire son avis". Maxime Nicolle a abordé ce compagnonnage: "Ma position à moi est simple quoiqu'il arrive on continue le combat avec Philippe Argillier ou non". Et le gilet jaune liste les réussites du mouvement à ce sujet, à commencer par le recul de l'exécutif sur les mesures fiscales. Mais, tout de même, Philippe Argillier n'y est pour rien, ce sont les victoires des gilets jaunes, non? "Je ne sais pas", se borne à rétorquer Maxime Nicolle. 

Ce dernier n'entend en tout cas pas réduire la voilure niveau production de vidéos. Ne voulant "inciter personne à la violence", il doit publier de nouveau ce jeudi soir pour expliquer "aux gens d'éviter de monter à Paris s'ils ne sont pas conscients du risque, car ce sera très dangereux". Lui-même se rendra bien à Paris mais "avec un casque sur la tête et des médicaments pour soigner les blessés", promet-il. 

Robin Verner