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Au FN, le blues de Florian Philippot

Marine Le Pen et Florian Philippot le 15 novembre 2015.

Marine Le Pen et Florian Philippot le 15 novembre 2015. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Rien ne va plus entre la présidente et le vice-président du Front national, alors que s'amorce la refondation du parti d'extrême droite.

Le bateau FN tangue sérieusement. Lancinant depuis plusieurs longs mois, le feuilleton des divisions internes au parti n'en finit pas, alimenté chaque semaine par de nouvelles petites phrases, alors que l'heure de la refondation approche, avec deux échéances en perspective: un séminaire les 21 et 22 juillet, qui rassemblera les cadres du parti, pour en définir les nouveaux fondements, puis une consultation des adhérents "probablement" en septembre, comme l'a expliqué Marine Le Pen. Ce mardi sur Franceinfo, la présidente du Front national a très mollement démenti la brouille qui l'oppose à son plus fidèle lieutenant, Florian Philippot. 

"Nous ne sommes pas particulièrement en froid, non", a-t-elle expliqué.

Leur relation n'est pourtant pas au beau fixe. Opposés sur la question de la sortie de l'euro, qui isole Florian Philippot et son entourage du reste des frontistes, la présidente et le "numéro 1 bis" du parti ne parviennent plus à cacher leur désaccord. Il n'y a qu'à jeter un œil aux comptes de certains frontistes sur les réseaux sociaux, pour voir transparaître les bisbilles internes.

"J'attends que Marine redevienne elle-même"

Depuis que la direction a décidé d'évincer Sophie Montel, l'une des très proches de Florian Philippot, les photos et les messages de soutien à l'ancienne présidente du groupe FN en Bourgogne-Franche-Comté se multiplient, sur Twitter notamment. Florian Philippot a d'ailleurs choisi comme "bannière" de son compte une photo de lui en compagnie de Sophie Montel, qui avait rejoint le FN il y a une trentaine d'années. Dans ce départ, nombreux sont ceux qui ont vu un acte d'autorité voire de "brutalité" de la part de Marine Le Pen.

D'autres vont jusqu'à se demander si Florian Philippot lui-même n'est pas en danger. Sur LCI ce jeudi, il assurait le contraire. "Je serai au FN à la rentrée, sans aucun doute", a-t-il déclaré, alors qu'il s'était dit prêt à démissionner en cas de revirement du parti et d'abandon de la sortie de l'euro. Mais il y a quelques jours, il confiait à un proche ses propres interrogations, rapportées par l'AFP.

"J'attends que Marine redevienne elle-même, elle a besoin de vacances. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de se couper de son aile la plus moderne?", a-t-il lancé après une discussion téléphonique orageuse avec la présidente du parti. 

Marine Le Pen renforcée par les législatives

Depuis les législatives, Florian Philippot apparaît d'autant plus en délicatesse avec le FN que le scrutin a marqué la victoire de la ligne de Marine Le Pen. "FN= 8 élus. Patriotes= 0", écrivait à l'issue du second tour l'eurodéputé FN Gilles Lebreton.

Mais derrière ce raccourci partisan, un fond de vérité: Florian Philippot et plusieurs de ses proches, notamment ceux avec qui il a lancé son association Les Patriotes, ont été battus aux législatives. Parmi les huit députés frontistes de la nouvelle Assemblée, cinq sont implantés dans le Nord de la France, comme Marine Le Pen, Sébastien Chenu et Bruno Bilde. Trois seulement viennent du sud de la France: Louis Aliot est le seul à adhérer au FN, contrairement à Gilbert Collard et Emmanuelle Ménard. C'est donc la "famille" mariniste qui sort gagnante de ce scrutin, par rapport aux autres sensibilités internes au parti. 

La peur d'un procès pour électoralisme

Florian Philippot ne dévie pourtant pas de sa ligne d'un iota. En cas d'abandon de la sortie de l'euro, il dit craindre, cité par Le Figaro, un procès pour "manque de sincérité" ou "électoralisme". "Sans souveraineté nationale, on ne maîtrise plus rien, pas même l'immigration". Sur LCI, il a tenu le même discours, avec un brin d'ironie en plus. 

"Chacun peut avoir sa position et finalement dire 'ça fait dix ans que je dis quelque chose mais en fait je me suis trompé et l’euro c’est formidable, c’est magnifique, c’est extraordinaire et il faut le conserver'. On peut faire de la politique comme ça, ça s’appelle le système. On peut faire ça, ou alors on peut avoir des convictions, on peut les défendre, même quand c’est au départ mal compris", a-t-il déclaré. "La sortie de l'euro ne sera pas abandonnée" a-t-il ajouté. 

"L'angoisse des Français" sur l'euro

"Ce que je porterai avec mon association Les Patriotes, c’est définir une vision positive du projet de société patriote et ne s’interdire aucun débat. Il faut ouvrir tous les débats, tous les sujets, parce que sinon nous passerons à côté de la question et nous n’aurons pas fait cette refondation", a-t-il conclu. Ce jeudi, Marine Le Pen a expliqué quant à elle sur Europe 1 vouloir "tenir compte de l'angoisse" des Français sur la question de l'euro. 

"Nous allons essayer de concilier cette nécessité d'être libre chez nous, souverains chez nous, nous Français, et rassurer les Français sur cette question monétaire. Ca va être un petit peu, certes, la quadrature du cercle, mais je suis convaincue que nous allons y arriver", a-t-elle estimé.

La quadrature du cercle, ou un problème impossible à résoudre. 

Charlie Vandekerkhove avec AFP