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"Féroce", "hyperaffectif", "bon républicain": Alain Duhamel se souvient de Jacques Chirac

L'éditorialiste politique de BFMTV Alain Duhamel, qui a couvert dix élections présidentielles sous la Ve République, évoque ses souvenirs de Jacques Chirac, mort ce jeudi à Paris.

Après la mort de Jacques Chirac ce jeudi matin à Paris, l'éditorialiste politique de BFMTV Alain Duhamel s'est remémoré sur notre antenne plusieurs souvenirs liés à l'ancien président de la République.

Jacques Chirac, le chef de clan, le Premier ministre, le président, l'opposant, le polémiste, le patron, énumère Alain Duhamel, qui le connaissait depuis cinquante ans.

"À mes yeux, il a deux grandes qualités: la première, c'est que c'est un bon républicain. (...) Je repense beaucoup à ce qu'il m'a dit le lendemain du jour où il s'est fait réélire en 2002, il m'a dit 'Je suis élu, mais je n'ai jamais été aussi triste de ma vie', d'avoir eu Jean-Marie Le Pen au second tour en face de lui. (...) Et puis par ailleurs, il avait cette qualité qui était visible, (...) il aimait les Français et les Français le sentaient. (...) Tous les présidents aiment la France. Mais tous les présidents ne savent pas aimer les Français. (...) C'est quelqu'un qui aimait son peuple. C'est un peu pour ça qu'il avait quand même un côté monarchique."

Une "personnalité tellement complexe"

Un chef d'État humain, note Alain Duhamel, avec une "personnalité tellement complexe et tellement intéressante aussi". Mais, en même temps, "un combattant terrible. Quand on était en face de lui, face à lui, quand on était un obstacle, c'était un char d'assaut". Un char d'assaut qui pouvait être "féroce", "cannibale avec des adversaires", mais qui était aussi "hyperaffectif":

"Je l'ai vu me parlant de sa fille aînée (Laurence, décédée en 2016, NDLR) avec les larmes aux yeux. On était en tête-à-tête, donc il surmontait sa pudeur à ce moment-là."

Alain Duhamel se souvient s'être déjà fâché avec Jacques Chirac, "mais on s'est bien entendus aussi. Quand on m'a opéré, il me téléphonait immédiatement le lendemain. J'étais à peine réveillé que la première personne qui m'appelait, c'était lui pour savoir ce dont j'avais besoin, ce qu'il pouvait faire. Mais il le faisait avec d'autres, et il le faisait sincèrement. Quand il faisait cela, il n'était pas intéressé".

"Un langage de corps de garde"

Alain Duhamel se rappelle aussi la manière de parler de l'ancien chef de l'État, qui avait "des formulations particulièrement pittoresques", et non pas "le goût de la formule", comme pouvait l'avoir son prédécesseur Valéry Giscard d'Estaing.

Des "formulations", qu'il avait "évidemment un peu plus en privé qu'en public", précise notre éditorialiste, et qui ont jalonné la carrière politique de celui qui endossa trois mandats de maire de Paris, puis fut nommé Premier ministre et élu président de la République à deux reprises, avant de céder la place en 2017 à Nicolas Sarkozy.

Cette façon de parler, "c'était son côté officier de cavalerie, parce qu'il adorait l'armée, il adorait la cavalerie, il aurait fait certainement un très bon général d'ailleurs, et il avait un langage, de temps en temps, carrément de corps de garde, il faut dire les choses comme elles sont", se souvient Alain Duhamel.

En 1956, Jacques Chirac s'était porté volontaire pour la guerre d'Algérie.

"Il n'était pas bon diplomate"

Sa manière atypique de s'exprimer, estime Alain Duhamel, pouvait choquer un peu ses interlocuteurs. Mais pas de quoi intimider l'ancien président. Au contraire.

"Dans ces cas-là, ça le mettait à l'aise, ça le faisait sourire. Puis de temps en temps, même avec des chefs d'État étrangers, il lui arrivait de dire vraiment ce qu'il avait sur le coeur, plus que le faisaient d'autres. Il n'était pas bon diplomate, mais quand il avait le sentiment qu'il représentait les intérêts de la France, il devenait vraiment alors là, un combattant difficile à faire bouger."
dossier :

Jacques Chirac

Clarisse Martin