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Mélenchon, les mots, la police et le syndrome de la citadelle assiégée

Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, députés La France insoumise, à Paris le 24 septembre 2019

Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, députés La France insoumise, à Paris le 24 septembre 2019 - AFP - Amaury Cornu

Quelques jours après avoir comparu au tribunal correctionnel dans une affaire impliquant les forces de l'ordre, le leader de La France insoumise continue de régler ses comptes avec la police. Un syndicat a appelé à manifester devant le siège parisien de LFI ce jeudi, contribuant à nourrir cet affrontement.

Le verbe était haut, la pensée construite, les mots envoûtants. Pas ceux de mardi, prononcés à l'encontre de policiers lors d'une manifestation contre la réforme des retraites, mais ceux du lendemain, déclamés dans l'hémicycle feutré de l'Assemblée nationale. Loin du tumulte de l'affrontement de rue, Jean-Luc Mélenchon s'est lancé, à plusieurs reprises et sans notes, dans une vibrante défense de l'accession des femmes seules et des couples lesbiens à la procréation médicalement assistée. 

"La seule chose dont on soit sûr et certain, du point de vue de la protection de l'enfant, c'est que faute d'amour, il dépérira", a-t-il entamé, depuis les rangs de son groupe. "Ce n'est pas seulement un fait d'intuition romanesque ou de rapport à l'enfant, c'est une certitude médicale: les enfants privés d'amour sont enfermés dans leur développement et se mal-développent. Quelle loi, collègues, enjoindra de l'amour? Ça n'existe pas. Tout ce que nous pouvons faire, c'est empêcher les ravages de la cruauté."

Et ce n'était qu'un début. Quels que soient les avis des uns et des autres sur ce sujet clivant, force était de constater combien le leader de La France insoumise est capable, lorsqu'il le souhaite, de retrouver les accents lyriques de sa campagne présidentielle de 2017. Or depuis sa rentrée, Jean-Luc Mélenchon a décidé, à l'extérieur du palais Bourbon, d'adopter une stratégie de guérilla politique contre l'actuel pouvoir exécutif, qui donne à LFI (et à son siège parisien) des allures de citadelle assiégée.

Les "barbares" de la police

Dernière illustration en date, les bisbilles de cette semaine entre le député des Bouches-du-Rhône et la police. Mardi donc, dans un échange privé (mais filmé) avec un militant insoumis, Jean-Luc Mélenchon a mis en garde ce dernier contre des policiers présents, qu'il a qualifiés de "barbares". Tollé dans les rangs des forces de l'ordre, dont un syndicat a lancé un appel à manifester ce jeudi devant le QG de LFI, dans le Xe arrondissement. 

Pour se défendre, l'ancien sénateur socialiste a demandé, via Twitter, "la protection de la gendarmerie", comme dans une tentative d'opposer celle-ci à la police. Ou du moins, celle incarnée par le syndicat Alliance, "très violent" d'après Jean-Luc Mélenchon, qui s'est indigné, dans une vidéo, du barouf médiatique déclenché par ses propos. "Ces quelques mots ont servi à faire un refrain sans aucun intérêt", y déclare-t-il.

Quant à son bras droit Alexis Corbière, il a cru bon d'indiquer aux journalistes présents à la salle des Quatre colonnes que ce n'était pas leur métier "de voler des conversations". "Je rappelle que Jean-Luc Mélenchon fait des déclarations officielles et fait des communiqués", a-t-il ajouté.

"Ils viennent à notre siège, (...) on redoute qu'ils fassent des provocations, et vous savez tous comment ça se passe maintenant, (...) ils vous provoquent, ils vous frappent, ils vous gazent et si jamais vous dites quelque chose, hop! outrage ou rébellion, et vous pouvez avoir des amendes qui sont très coûteuses, ou bien des procès", développe le patron du groupe LFI, comme en référence à sa propre situation. Celle de quelqu'un traduit en correctionnelle pour son comportement lors des perquisitions d'octobre 2018 à son QG. 

Guerre de mouvement

S'il n'accuse pas directement cette fois-ci le gouvernement - en particulier le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et la garde des Sceaux Nicole Belloubet - d'être à la manœuvre, Jean-Luc Mélenchon ne se prive pas de tancer sa chaîne de commandement:

"Le syndicat de police remplace le ministre, aucun étage de la hiérarchie ne leur a dit, 'ce que vous faites, c'est illégal, c'est anormal, c'est pas conforme à l'idée des institutions républicaines'. Donc puisqu'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils souhaitent des incidents. (...) Ne les aidez pas dans cette basse besogne", somme-t-il ses troupes après avoir indiqué que le siège des insoumis serait vide ce jeudi matin. 

Gravement défait lors des élections européennes (6,31% pour la liste LFI), le leader de la gauche radicale française ne semble pas vouloir dévier de la stratégie qui, au fond, a été la sienne depuis qu'il a recueilli plus de 7 millions de suffrages en mai 2017. Celle d'une guerre de mouvement permanent, d'opposition frontale avec l'exécutif, notamment dans les temps chauds - Code du travail, SNCF, gilets jaunes... Tous des combats d'ailleurs perdus politiquement par l'intéressé. 

Sur RTL, Christophe Castaner a annoncé ce jeudi matin qu'il signalerait les propos de Jean-Luc Mélenchon à la justice, via l'article 40 du code de procédure pénale, afin "d’étudier et de voir la faisabilité d’une poursuite". "M. Mélenchon est dans une dérive personnelle", a accusé le locataire de la place Beauvau. Une petite musique qui revient sans cesse depuis bientôt un an, à savoir les perquisitions menées par la justice rue de Dunkerque, lors desquelles le député des Bouches-du-Rhône avait prononcé ces mots fatidiques: "La République, c'est moi!" 

Plus d'une centaine à s'être rendus devant le siège des insoumis ce jeudi, les policiers qui ont répondu à l'appel d'Alliance se sont contentés d'exprimer leur colère et de déployer quelques slogans. L'un d'entre eux était une réponse à Jean-Luc Mélenchon lui-même: "La République c'est nous". Signe que l'affrontement est amené à perdurer? 

Jules Pecnard