BFMTV

Européennes: un dîner à l'Elysée pour trouver "le mouton à 5 pattes" qui conduira la liste LaREM

Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée le 12 novembre 2018.

Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée le 12 novembre 2018. - Ludovic MARIN / AFP

Le 20 novembre dernier, un dîner organisé dans le plus grand secret a réuni à l'Elysée des personnalités politiques disparates autour du chef de l'Etat. Un rendez-vous consacré à la stratégie à suivre pour le scrutin de mai prochain. Beaucoup de questions ont été soulevées, mais peu de réponses apportées.

Au lendemain de sa victoire à la présidentielle, Emmanuel Macron se targuait d'avoir fait "sauter la banque". Il peut désormais se vanter d'avoir réuni autour d'une même table un ancien chef de l'UMP, en la personne d'Alain Juppé, et une figure du Parti socialiste, en l'occurrence le commissaire européen Pierre Moscovici. Le chef de l'Etat, qui répète à l'envi vouloir discuter "avec tout le monde", suit cette maxime pour préparer les élections européennes de mai prochain. Le 20 novembre dernier, comme l'a révélé initialement L'Opinion, il a réuni à l'Elysée plusieurs personnalités politiques de tous bords et des membres du gouvernement, afin de "faire un diagnostic sur l'Europe", comme le résume un participant qui est revenu sur cette soirée pour BFMTV.

Autour de la table, le maire de Bordeaux Alain Juppé, celui de Nancy Laurent Hénart, Jean-Pierre Raffarin, Franck Riester, le conseiller politique du chef de l'Etat Stéphane Séjourné, mais aussi François Bayrou et Marielle de Sarnez pour le MoDem, ainsi que François de Rugy et Edouard Philippe. L'ancien ministre Jacques Mézard était aussi de la partie, et Pierre Moscovici, donc. D'après nos informations, ce rendez-vous a été organisé dans le plus grand secret, certains participants ne sachant pas même à l'avance qui partagerait leur table. Tous avaient reçus un mail d'invitation dans lequel il était uniquement question de parler d'Europe. Le dîner s'est tenu dans un salon du rez-de-chaussée du palais présidentiel. Voilà pour les modalités.

Le président "dans une posture d'écoute"

"Emmanuel Macron nous a demandé nos avis, nos idées, il y a eu d'abord un tour de table puis un échange", résume un participant. Le dîner a été marqué par une "liberté de ton", malgré des différents points de vue, il n'y a pas eu d'accrocs mais de vrais débats sur l'échec de l'Europe.

Car en ce qui concerne le contenu de cette réunion, la gravité était de mise, autour d'un constat alarmant. "Il fallait que les circonstances soient particulières pour que ce dîner se fasse", explique un des hôtes qui relève que certains participants n'avaient pas d'affinités particulières, qu'ils ont même pu s'opposer pendant des années: c'était par exemple la première fois que Pierre Moscovici et Alain Juppé partageaient un dîner. 

"Ces élections sont très compliquées difficiles, dangereuses. Les enjeux exigent que des gens qui ne pensent pas pareil au plan national se parlent", poursuit-il. D'après un autre invité, le chef de l'Etat a très peu parlé au cours de ce repas.

"C'était assez surprenant, un président de la République davantage dans une posture d'écoute que dans la position de celui qui assène. C'est sûr que le contexte est tendu pour lui, c'est le moins que l'on puisse dire". 

Pour le chef de l'Etat, pris en pleine grogne des gilets jaunes, les sujets d'inquiétude ne manquent pas. Dans les sondages, La République en marche est donnée certes en tête, mais surtout dans un coude-à-coude très serré avec le Rassemblement national. "Tout le monde a chaud aux fesses. Ça va se transformer en plébiscite anti-Macron et on va avoir les extrêmes représentés en masse au Parlement européen", craint un juppéiste. 

Impréparation

Si le président a voulu "écouter" ce soir-là, d'après l'un des convives, l'impréparation était palpable. "Vous m’avez demandé la stratégie européenne d'Emmanuel Macron, je ne la sais toujours pas à la sortie du dîner: avec quel thème, quelle tête de liste, quelle structure? La chose me paraît pas fixée ", résume-t-il. 

Parmi les questions de première importance à régler en vue du scrutin, celle de la personne qui mènera la liste LaREM, qui se veut donc rassembleuse. Il n'a pas été clairement question de liste, lors de ce dîner, mais de rassembler différentes sensibilités, dans l'objectif d'une liste, donc. "Je trouve que l’idée de Macron est possible maintenant est ce qu’elle est concrétisable?, s'interroge un participant, craignant le spectre d'un "ralliement édulcoré", ou d'un "rassemblement des ralliés de l'ancien monde". 

Juppé "a d'autres chats à fouetter" qu'être tête de liste

Quant à la question de la tête de liste, même scepticisme chez certaines convives. Aucun nom n'a été cité pendant le repas, assure un hôte, qui ajoute que "tout le monde cherche le mouton à 5 pattes", le candidat parfait qui court le risque de ne pas exister. Alors que la rumeur d'un Alain Juppé tête de liste a circulé, un de ses proches l'affirme: "il n'en est pas question". "Alain Juppé a d'autres chats à fouetter que d'aller dans une élection qui est toujours merdique pour le pouvoir en place. Il n'y a que Bordeaux pour lui". 

Pendant le dîner, François Bayrou a émis l'idée d'une tête de liste issue de la société civile. Ce dernier est d'ailleurs régulièrement consulté par le président, et il semble même avoir réussi à imprimer sa marque dans le dernier remaniement.

Si l’idée n’a pas soulevé d’objection sur le moment, a posteriori un convive explique qu’il est sceptique sur ce type de profil. D'autant qu'une tête de liste issue de la société civile comporte des limites, comme le souligne l'entourage d'Alain Juppé, prenant l'exemple du gouvernement et pointant une "idée gadget qui n'a jamais intéressé les Français". Pour les proches du maire de Bordeaux, "il faut un politique". Un candidat d'autant plus dur à trouver que cette désignation aura des airs de sacrifice. 

Agathe Lambret, avec Charlie Vandekerkhove