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Emmanuel Macron giflé: les déplacements présidentiels sont-ils assez sécurisés?

Au lendemain de la gifle infligée au chef de l'Etat, plusieurs experts en sécurité de personnalités estiment que la faute n'incombe pas exclusivement à la sécurité présente mardi autour du président de la République.

La sécurité du président de la République a-t-elle failli ce mardi dans la Drôme? Au lendemain de la visite du chef de l'Etat à Tain-l'Hermitage, au cours de laquelle Emmanuel Macron a reçu une gifle de la part d'un individu présent dans la foule, les condamnations de la classe politique sont unanimes et de nombreuses questions se posent toujours, notamment quant à l'organisation même du déplacement.

Pour rappel, lors de ce type d'événement, la sécurité du président de la République est assurée par le GSPR, Groupe de sécurité de la présidence de la République, créé en 1983 sous la houlette de François Mitterrand. Ce corps de 77 hommes et femmes est mobilisable à tout moment de la journée pour seconder les événements privés ou publics du président de la République, mais aussi pour anticiper les potentiels dangers.

"Ce sont des volontaires choisis avec une certaine expérience professionnelle. Il ne faut pas qu’ils soient trop jeunes, et ils subissent une formation d’un an, d'un très haut niveau technique. L’esprit, c’est de mettre la sécurité par une unité de haut niveau avec compétence tactique et opérationnelle à la hauteur d’une mission essentielle", a rappelé ce mercredi Christian Prouteau, fondateur du GIGN et du GSPR à l'antenne de Radio Classique.

Pas de risque zéro

Cependant, afin de comprendre si la sécurité a été défaillante ou non ce mardi, il convient de rappeler que cet arrêt n'était pas prévu dans le planning de la journée, et a été décidé au dernier moment, à la vue de la foule qui attendait le passage du chef de l'Etat à Tain-l'Hermitage. Un membre du service de sécurité avait prévenu Emmanuel Macron de la dangerosité du bain de foule quelques instants auparavant, jugeant la zone pas assez sécurisée, a appris BFMTV ce mercredi.

Ce type de mise en garde se produit fréquemment mais la décision revient au président de la République, qui peut choisir d'aller où il le souhaite. Le président s'est malgré tout dirigé à petites foulées vers les habitants rassemblés derrière des barrières, comme l'ont montré les images de la scène.

"Les officiers de sécurité sont un peu surpris parce que tous ne sont pas dans sa voiture et ils courent pour se mettre au moins à sa hauteur, mais Macron a un petit temps d’avance par rapport à ses officiers qui finalement le rattrapent", explique à BFMTV René-Georges Querry, ancien membre du Service de protection des hautes personnalités (SPHP).

Pour Christian Prouteau, les officiers de sécurité "se sont laissés dépasser par son autorité". "Le président, c’est pas à lui de s’adapter. La sécurité a manqué d’anticipation, ce qui est essentiel. On a la théorie des cercles, il n’y en avait qu’un, ils sont légèrement en retrait. Un geste ou objet contondant c’est une fraction de seconde", résume-t-il.

Pour autant, selon Frédéric Aureal, ancien chef du Service de protection des personnalités (SDLP), le travail de la sécurité a été bien fait, et l'absence de danger n'existe finalement pas dans ce genre de situation.

"C’est toute la difficulté du contact. S’il ne le fait pas, on lui reproche, il descend il va au contact et il l’a dit le ‘risque zéro’ n’existe pas", estime-t-il.

Fallait-il exfiltrer le président?

De fait, des questions se posent également autour des secondes qui ont suivi la gifle, alors qu'Emmanuel Macron retourne immédiatement voir les autres Français qui l'attendaient, à quelques mètres seulement du lieu de l'agression.

"Le travail est bien fait, la réaction dans l’instant de l’évacuation est bonne, ceci dit, il y a une autre réponse, c’est une réponse politique. Pour lui il y a nécessité, il fallait le tenir à l’écart puis lui permettre de replonger. C'est normal, je ne l’aurais pas empêché", souligne auprès de BFMTV Denis Roux, membre fondateur du Groupe de sécurité de la présidence de la République.

Immédiatement après l'attaque, les membres du GSPR se sont d'ailleurs rapprochés du président de la République, mettant leurs bras en opposition sur les barrières afin d'empêcher les individus présents d'attraper le chef de l'Etat.

Plus tard, à Valence, alors que le déplacement présidentiel se poursuivait, la sécurité d'Emmanuel Macron a procédé de la même manière, avec un dispositif rapproché autour du président. Mais aussi avec plusieurs accessoires, dont une malette en kevlar déployable afin d'éviter les projectiles.

A qui la faute?

Dans les colonnes du Parisien, plutôt que d'attaquer la sécurité d'Emmanuel Macron, Jean-Pierre Diot, ancien policier, formateur pendant quinze ans au service de protection des hautes personnalités (SPHP, devenu SDLP) et ancien garde du corps de Nicolas Sarkozy, critique les conseillers du président.

"Ces conseillers ont de hautes fonctions, mais ne connaissent en général pas grand-chose à la sécurité. Ont-ils demandé aux policiers de laisser le président faire ce bain de foule? L’élection présidentielle approche, on peut penser que le président a voulu se montrer proche du peuple", explique-t-il.

Pour Pascal Bitot-Panelli, ancien commandant du Service de protection des personnalités (SDLP), les événements survenus dans la Drôme sont également dûs au fonctionnement typiquement français des déplacements présidentiels.

"En France, contrairement à Israël, en URSS (sic) ou aux Etats-Unis, le président peut décider au feeling d’aller vers tel ou tel groupe d’individus. Naturellement, tout ça génère des dangers supplémentaires auxquels il faut faire face", conclut-il.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV