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Pourquoi conclure le grand débat en Corse était une fausse bonne idée pour Macron?

Emmanuel Macron lors du débat à Evry-Courcouronnes le 4 février 2019.

Emmanuel Macron lors du débat à Evry-Courcouronnes le 4 février 2019. - Ludovic Marin - pool - AFP

Le président doit débattre avec 150 élus locaux corses ce jeudi. Les élus nationalistes ont appelé à boycotter ce débat, tandis qu'une opération "île morte" est également prévue.

Ambiance électrique pour la fin du grand débat national. Emmanuel Macron se rend ce jeudi en Corse pour conclure son tour de France engagé depuis trois mois. Mais pour ce dernier déplacement en région, le chef de l'Etat fait face à la fronde des nationalistes corses qui appellent à une opération "île morte", une première depuis des années. Autre symbole de cette colère: seulement 150 élus ont répondu présent sur les 360 invités.

En choisissant de finir son tour des 13 régions françaises par la Corse, le président a pris le risque de "refermer ce cycle crucial pour son quinquennat par un incident politique", analyse Camille Langlade, cheffe du service politique de BFMTV. "C'est la fausse bonne idée, c'est même une grande maladresse". 

Important dispositif de sécurité

Pourtant, le chef de l'Etat aurait eu la possibilité de s'éviter un dernier déplacement sous tension en Corse – et une dernière image potentiellement écornée pour conclure le grand débat.

"Il pouvait y aller il y a un mois. Mais il a préféré maintenir son voyage officiel en Afrique consacré à l'environnement", rappelle Camille Langlade. 

Preuve que ce dernier déplacement apparaît comme le plus compliqué de tous, un important dispositif de sécurité a été déployé sur l'île. De crainte que l'arrivée présidentielle ne soit entravée, la préfecture a interdit toute manifestation autour de l'aéroport.

Par ailleurs, des militants nationalistes ont collé des drapeaux corses tout au long du parcours qu'Emmanuel Macron devait emprunter pour rejoindre la préfecture. Initialement, il avait en effet été envisagé qu'il y dorme mercredi soir. L'Elysée a aussi renoncé à une halte dans un café de Sampolo, sur la route de Cozzano.

Malentendu sur le débat

Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron et les élus nationalistes corses se sont enfermés dans un dialogue de sourds. Ces derniers estiment que c'est au chef de l'Etat de venir répondre aux problèmes spécifiques de la Corse: langue, place dans la constitution, drapeau et sort des prisonniers détenus sur le continent. A l'inverse, le chef de l'Etat veut s'en tenir aux problèmes quotidiens des élus corses, comme il l'a fait dans les autres régions lors des précédents débats.

Dans l'entourage du président, on juge avoir déjà répondu aux attentes des nationalistes corses. "Ces prisonniers ne sont que trois: les assassins du préfet Erignac", s'agacent les proches du chef de l'Etat. Pour la langue corse, Emmanuel Macron a annoncé mardi qu'elle deviendrait l'une des spécialités à part entière du nouveau baccalauréat. Quant aux institutions, il estime avoir fait une concession majeure en promettant l'inscription de la spécificité corse dans la Constitution.

Ambiguïté maintenue par Emmanuel Macron

"Le malentendu est total et la séquence parasitée", note Camille Langlade, qui rappelle qu'Emmanuel Macron a entretenu lui-même l'ambiguïté en se disant "disponible et volontaire" dans une interview publiée lundi dans Corse-Matin. "Emmanuel Macron ne veut pas que Jean-Guy Talamoni (président de l'Assemblée corse) lui impose son agenda, et vice-versa". 

"C'est un peu emblématique de tout ce qui s'est passé pendant ce grand débat: chacun est venu avec son calendrier, ses intérêts. Et en Corse, c'est toujours un peu plus spectaculaire qu'ailleurs", poursuit la cheffe du service politique de BFMTV.
Benjamin Rieth