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Les négociations pour choisir le futur président de la Commission européenne toujours dans l'impasse

Angela Merkel et Emmanuel Macron au Conseil européen de Bruxelles, le 20 juin 2019

Angela Merkel et Emmanuel Macron au Conseil européen de Bruxelles, le 20 juin 2019 - AFP - Kenzo Tribouillard

Les Vingt-Huit ne sont pas parvenus à trouver d'accord majoritaire autour d'un candidat à la présidence de la future Commission européenne. En toile de fond, les divergences de vue entre Paris et Berlin semblent tenaces.

Un report était à craindre. Les délicates négociations engagées au sommet de Bruxelles pour déterminer qui dirigera la future Commission européenne ont échoué jeudi. Les chefs d'États membres ont été convoqués à une nouvelle réunion de crise, qui aura lieu dans moins de dix jours. 

"Il n'y a eu de majorité sur aucun candidat. Nous nous retrouverons le 30 juin. Je vais poursuivre les consultations", a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi le président du Conseil européen Donald Tusk à l'issue de la première journée du sommet.

Les dirigeants poursuivront leur sommet ce vendredi avec une discussion sur le budget de la zone euro.

"Davantage prudent qu'optimiste"

Les maigres espoirs de parvenir à une solution avaient été douchés par Donald Tusk à l'issue d'un entretien avec le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel.

"Hier j'étais prudemment optimiste. Aujourd'hui je suis davantage prudent qu'optimiste", a-t-il ironisé via son compte Twitter après sa rencontre avec les deux homologues.

Le chef de l'État refuse notamment la nomination du prétendant défendu par Angela Merkel, l'Allemand Manfred Weber, 46 ans, candidat désigné par le Parti Populaire Européen (PPE, droite). Les discussions autour des personnalités devant accéder aux autres "top jobs" de l'Union européenne ne sont pas beaucoup plus avancées.

Le sommet s'était ouvert avec un camouflet infligé à Angela Merkel: l'annonce par les chefs des groupes Socialiste (S&D) et centriste Renew Europe (RE) au Parlement européen qu'ils ne soutiendraient pas la candidature de Manfred Weber en cas de vote, signifiant la fin de ses espoirs de réunir une majorité pour pouvoir présider la Commission européenne. Emmanuel Macron s'est dit satisfait de ce lâchage et du résultat du sommet. "Je n'ai pas le sentiment d'avoir vécu un échec", a-t-il déclaré.

"Les noms des trois spitzenkandidaten (prétendants des partis) on été écartés. Ils ont été testés par Donald Tusk, qui a considéré qu'il n'y avait pas de majorité sur ces trois noms", a-t-il souligné.

Consultations

Les deux autres prétendants sont le Néerlandais Frans Timmermans pour les Socialistes et la Danoise Margrethe Vestager pour les Libéraux-centristes de Renew Europe. Angela Merkel a pris acte du blocage: 

"Je vais consulter nos partis (comprendre, les membres du PPE) après le constat dressé par Donald Tusk parce que les présidents des groupes socialiste et RE ont dit qu'ils ne pouvaient pas soutenir Manfred Weber."

L'une des personnalités en lice, qui succédera le 1er novembre au Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, devra obtenir le soutien de 21 des 28 dirigeants européens et rallier une majorité d'au moins 376 voix au Parlement. 

Un coup de Paris et Madrid

Une répartition des quatre postes de pouvoir de l'UE a été proposée, ont indiqué plusieurs responsables européens. Le PPE, premier groupe au Parlement, revendique la présidence de la Commission européenne, et cette exigence n'est pas contestée mais il faudra un autre candidat que Manfred Weber, ont précisé ces sources.

Les Libéraux veulent la présidence du Conseil européen et les Socialistes obtiendraient le poste de chef de la diplomatie européenne et se partageraient les cinq années du mandat de présidence du Parlement avec les Verts, à raison de deux ans et demi chacun.

Restent à trouver les noms pour chacune des fonctions. Le Premier ministre libéral du Luxembourg Xavier Bettel a déclaré ne pas être candidat. Le Belge Charles Michel, cité pour la présidence du Conseil, n'a pas fait de déclarations. L'accord devra respecter des exigences de parité et d'équilibre géographiques. Donald Tusk s'est engagé à faire nommer deux femmes.

Les responsables du PPE ont exprimé leur irritation après le mauvais coup porté contre leur prétendant.

"La prise de position des chefs des groupes Libéraux et Socialiste a été prise à Paris et à Madrid", ont-ils accusé.

Le constat d'échec a été établi après quatre heures de discussions. "J'ai constaté avec un certain plaisir, amusement, oui bonheur qu'il n'est pas très facile de me remplacer", a ironisé de son côté le sortant, Jean-Claude Juncker. Le président de l'exécutif européen est en fonction jusqu'au 31 octobre minuit. Un accord sur le nom de son successeur doit être trouvé avant le 2 juillet, jour de la session inaugurale du nouveau Parlement, au cours de laquelle ses membres doivent élire le président de la Commission.

Jules Pecnard avec AFP