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Qui va diriger l'Europe? Les dirigeants des 28 États membres se réunissent pour négocier

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, à Meseberg le 19 juin.

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, à Meseberg le 19 juin. - Ludovic Marin - AFP

Les dirigeants des 28 États membres de l'UE sont en Conseil européen à partir de ce jeudi pour amorcer les négociations, notamment pour la succession de Jean-Claude Juncker, président sortant de la Commission.

Emmanuel Macron retourne dans le chaudron bruxellois. À l'occasion d'un sommet qui s'ouvre ce jeudi et doit se terminer vendredi, les dirigeants des 28 États membres de l'UE vont entamer les négociations sur les personnalités qui composeront l'exécutif européen pour les cinq prochaines années. Un enjeu sur lequel Paris a eu maille à partir avec Berlin depuis les élections européennes.

Au-delà de la présidence de la Commission européenne, où le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker achèvera son "quinquennat" en novembre, il faut également que les Vingt-Huit se mettent d'accord sur les présidences du Conseil et du Parlement européens.

Reste, enfin, le poste de chef de la diplomatie de l'UE, dévolu depuis novembre 2014 à l'Italienne Federica Mogherini. Bien que décorrélée des résultats électoraux du 26 mai, la désignation du futur patron de la Banque centrale européenne (BCE) sera également au menu. 

Tractations

D'âpres discussions sont en perspective, donc. "Je suis prudemment optimiste", a reconnu mercredi le président sortant du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, qui chapeaute le sommet bruxellois de ces 20 et 21 juin.

La plupart des regards seront évidemment tournés vers la Commission européenne. Les principales formations politiques parlementaires ont chacune leur candidat: il y a notamment l'Allemand Manfred Weber pour le Parti populaire européen (PPE, droite et centre), le Néerlandais Frans Timmermans pour les sociaux-démocrates (S&D) et la Danoise Margrethe Vestager pour Renew Europe (le groupe libéral-centriste qu'a rejoint la délégation de La République en marche). Pour succéder à Jean-Claude Juncker, il leur faudra être soutenu par 21 et des 28 membres du Conseil européen et recueillir le vote de plus de la moitié des parlementaires (soit 376 voix). 

Au fil des tractations et des innombrables coups de téléphone passés entre dirigeants et émissaires depuis des semaines, un accord semble se dessiner. Il consisterait à accorder au PPE la présidence de la Commission européenne, aux libéraux celle du Conseil européen, tandis que les sociaux-démocrates conserveraient la direction de la diplomatie de l'UE. Ils partageraient par ailleurs la présidence du Parlement européen avec les Verts (quatrième groupe en termes de nombre d'élus).

Les atouts balayés de Macron

Tout cela peut encore bouger. Il est d'ailleurs peu probable que les négociations aboutissent dès ces jeudi et vendredi. L'Express évoque la possibilité d'un nouveau rendez-vous européen le 30 juin - un calendrier compliqué à tenir étant donné le timing de l'élection, prévue le 2 juillet, à la présidence du Parlement européen. Devant tenir compte à la fois des équilibres politiques et géographiques, la répartition de tous ces postes est notoirement complexe. 

Il y a un peu moins d'un mois, Emmanuel Macron semblait aborder cette phase en position de force. Son parti, LaREM, représente la plus importante délégation au sein du groupe Renew Europe (RE, ex-ADLE). Lors des élections européennes, le président français a certes dû concéder une arrivée en deuxième position derrière le Rassemblement national, mais avec moins d'un point d'écart. Le groupe centriste-libéral qui accueille LaREM compte 106 sièges et peut donc jouer un rôle pivot entre deux blocs en perte de vitesse, le PPE et S&D. S'ajoute à cela les divisions qui minent le camp eurosceptique et qui ont empêché Marine Le Pen et Matteo Salvini de créer le "super-groupe" qu'ils espéraient. 

Ces atouts ont toutefois été vite balayés par l'épisode des déclarations maladroites de l'ex-tête de liste LaREM, Nathalie Loiseau, durant un "off" désastreux avec la presse le 5 juin. Ébruités par un quotidien belge puis révélés in extenso par les médias français la semaine suivante, ses propos ont vite laissé un goût amer dans la bouches des partenaires européens du parti macroniste. Certains y voyaient l'expression d'une forme d'arrogance caractéristique du personnel politique hexagonal. Résultat, le groupe RE, dont l'ex-ministre des Affaires européennes convoitait la présidence avant d'être contrainte à y renoncer, sera dirigé par le Roumain Dacian Ciolos. 

Friture sur la ligne Paris-Berlin

Il faudra donc jouer serré. D'autant que la friture sur la ligne franco-allemande, certes moins prononcée ces dernières semaines que durant le printemps, n'a pas facilité la préparation des débats. Et rien n'est jouable sans un relatif accord de violons entre Emmanuel Macron et Angela Merkel

Donald Tusk, aussi, occupe un rôle central dans cette séquence. Depuis le 28 mai, le président du Conseil européen est plongé dans des négociations marathons avec les dirigeants des États membres. Il doit participer à l'entretien prévu dès ce jeudi matin entre le président français et la chancelière allemande. Cette dernière doit notamment se décider sur sa préférence pour la candidature de Manfred Weber à la présidence de la Commission, candidature à laquelle s'oppose Paris.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron compte ses alliés. Comme le rapporte L'Opinion, le chef de l'État discute notamment avec les socialistes Pedro Sanchez (Espagne) et Antonio Costa (Portugal), et les libéraux Mark Rutte (Pays-Bas), Charles Michel (Belgique) et Xavier Bettel (Luxembourg).

Des discussions animées sont également attendues sur les autres grands thèmes du sommet, notamment l'objectif de neutralité carbone - un équilibre entre les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre par les sols et les forêts - à l'horizon 2050 et le budget de la zone euro.

"Le Brexit n'a pas été inscrit à l'ordre du jour car le but est de ne traiter que de l'agenda positif", a persiflé un diplomate européen auprès de l'AFP.

Jules Pecnard