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Islam et radicalisation: Macron pressé de s'exprimer par l'opposition

Le président de la République Emmanuel Macron.

Le président de la République Emmanuel Macron. - Peter Dejong / POOL / AFP

La polémique sur le suivi du terroriste de Trèbes ne faiblit pas. Quatre jours après l'attentat, les réponses d'Emmanuel Macron sur l'islam et la radicalisation sont attendues par l'opposition.

L'attentat de Trèbes a brutalement relancé le débat sur l'islamisme radical. La droite et l'extrême droite n'ont pas attendu pour s'engouffrer dans la brèche. Internement des fichés S, expulsion des fichés S étrangers, rétablissement de l'état d'urgence… Les propositions s'enchaînent, de Laurent Wauquiez à Marine Le Pen. Elles font d'autant plus de bruit qu'Emmanuel Macron, lui, se fait discret sur le sujet. Lundi, Laurent Wauquiez s'en est pris violemment au chef de l'Etat, l'accusant de "paroles creuses" et de "naïveté coupable". Mais surtout, il lui reproche sa vision ainsi résumée: "Le terrorisme s'explique par une raison sociale".

Depuis sa campagne pour la présidentielle, le chef de l'Etat privilégie une analyse sociologique de la radicalisation, plutôt qu'une vision idéologique. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, il avait affirmé que l'ensemble de la société française "portait sa part" de responsabilité:

"Comment la radicalisation arrive dans nos sociétés? Parce qu'il y a cette hydre morbide qu'est le terrorisme jihadiste, mais parce qu'on a aussi quelque part raté quelque chose", avait-il dit. "Ces jeunes qui se radicalisent, ce sont des jeunes (...) qui parfois n'avaient plus d'espoir social (…) Nous avons progressivement abîmé cet élitisme ouvert républicain qui permettait à chacune et chacun de progresser".

Une déclaration à l'époque fermement rejetée par Manuel Valls, qui avait répété "en avoir assez de ceux qui cherchent en permanence des excuses ou des explications sociologiques ou culturelles".

Edouard Philippe revendique "être dans l'action"

Depuis, le temps a passé. Et si l'état d'urgence a été levé, le président Emmanuel Macron a notamment fait voter une nouvelle loi antiterroriste, signée le 30 octobre 2017, qui comprend un certain nombre de mesures sécuritaires. Pas suffisant, pour Manuel Valls, qui n'a pas cessé d'exprimer son désaccord avec le chef de l'Etat. L'ex-Premier ministre plaide ainsi pour un contrôle accru des personnes fichées S, imaginant "placer en rétention" les plus dangereuses. Et accentue sur Emmanuel Macron une pression grandissante.

Certains proches du Président sont montés au créneau: Richard Ferrand, qui dénonce "un concours de démagogie", mais aussi Edouard Philippe qui dit "se méfier des réponses juridiques rapides". A l'Assemblée, après l'hommage rendu au lieutenant-colonel Beltrame, le Premier ministre a fustigé "la légèreté" de ceux qui promettent "un risque zéro", et revendiqué être "dans l'action, sous l'autorité du président de la République".

Le "grand discours" sur la laïcité se fait attendre

Mais, attendu sur la question religieuse, Emmanuel Macron recule une prise de position. Son entourage fait miroiter depuis le mois de janvier "un grand discours" sur la laïcité… Qui ne vient pas. "C'est un sujet éminemment sensible (…) C'est un angle mort de la politique, et La République en marche n'y fait pas exception", reconnaît un ministre cité par Le Monde. Il n'a d'ailleurs fait l'objet d'aucun débat au sein du groupe LaREM. Seul le député du Val-d'Oise Aurélien Taché, auteur d'un rapport sur l'intégration des immigrés, a exhorté ses collègues à sortir du silence sur le sujet.

Il y a bien eu une série de propositions sur l'islam, lors des vœux aux autorités religieuses le 4 janvier. En février, Emmanuel Macron a annoncé vouloir réorganiser l'islam de France dès le premier semestre 2018. Tout en affirmant vouloir avancer prudemment sur la forme, "touche par touche" selon ses termes, en prenant le temps de "consulter des intellectuels et des universitaires".

Depuis l'attentat de Trèbes, un rendez-vous avec l'imam Sherin Khankan et le rabbin Delphine Horvilleur ont été ajoutés à son agenda, selon L'Opinion. Mercredi, plus que jamais, Emmanuel Macron sera attendu sur l'islam.

Ariane Kujawski