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Hommage: quand Hollande parle de lui à travers Mitterrand

A l'occasion du centenaire de la naissance de François Mitterrand, François Hollande a rendu ce mercredi un vibrant hommage à l'ancien président de la République depuis le Louvre. Dans cet exercice périlleux de comparaison, le chef de l'Etat, dont la cote de popularité est au plus bas, n'a eu de cesse d'évoquer ses propres difficultés.

Le discours s'annonçait comme un rare moment de concorde en pleine tempête. Il a pris des airs de jeu des sept différences. François Hollande, sous la pyramide du Louvre, a rendu hommage ce mercredi à François Mitterrand, à l'occasion du centenaire de sa naissance. Une tâche périlleuse, à l'heure où le contraste entre ces deux présidents socialistes de la Vème République est à son apogée. A l'heure où on reproche précisément à François Hollande de ne pas incarner la fonction présidentielle, et où sa légitimité à se représenter en 2017 est remise en cause par certains, y compris à gauche.

La comparaison avec l'homme qui symbolise l'union de la gauche semblait donc difficile. Mais François Hollande, qui a multiplié les parallèles entre la situation politique de l'époque et celle d'aujourd'hui, l'a assumée jusqu'au bout.

"La marque de François Mitterrand, c’est la volonté"

Pour évoquer le parcours politique exceptionnel de François Mitterrand, qu'il a admiré dès l'enfance et qui l'a poussé à rejoindre l'Elysée en 1981 en tant que collaborateur de Jacques Attali, le président de la République a fait longuement allusion à ses propres difficultés. 

"La marque de François Mitterrand, c’est la volonté, une volonté farouche, inébranlable. Il n’a jamais cédé au moindre découragement même quand les épreuves semblaient l’avoir écarté à tout jamais de la vie politique", a d'abord déclaré François Hollande, qui s'engageait à peine sur la voie du double discours.

"François Mitterrand savait attendre pour mieux durer", a-t-il poursuivi. "Il ne portait jamais de montre, ce qui était pour lui une façon de refuser obligation, toute sujétion. Quand il disait selon une formule célèbre qu’il fallait donner du temps au temps, il ne justifiait pas l’immobilisme, il respectait les rythmes, évaluait les contraintes, pour mieux surgir, dans l’instant qu’il avait lui-même choisi. S'il semblait à contre-temps c'est parce qu'il avait pris de l'avance", a expliqué François Hollande, dans ce qui a semblé être une justification de sa propre posture marginale actuelle.

"Critiques, contestation, outrages, outrance"

Quelques minutes plus tard, il est entré dans le vif du sujet. "Faut-il rappeler ce que de son vivant François Mitterrand a pu subir de critiques, de contestation, d’outrages, d’outrance?" a interrogé le président de la République.

"Sans doute parce qu’il avait le sens des formules et qu’il lui était arrivé de blesser, sans doute aussi parce qu’il savait ce qu’était la politique, ses enjeux, ses combats, ses luttes, y compris dans sa propre famille politique. Il savait tout cela mais il était attaqué parce qu’il était la gauche", a-t-il estimé.

En évoquant ce "sens de la formule", François Hollande a invité dans ce discours solennel et vibrant ses petites phrases sur les magistrats, qui lui collent à la peau depuis qu'elles ont été publiées dans le livre de deux journalistes du Monde, Un président ne devrait pas dire ça...

"Parfois il y a des combats très durs, au plan parlementaire, au plan politique", a ensuite déclaré François Hollande, avant de conclure que François Mitterrand "fut attaqué par la droite parce qu’il était de gauche et par une partie de la gauche parce qu’il ne l’était pas assez".

Charlie Vandekerkhove