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Régionales: en PACA, Castex fait le pari du retrait de la liste LaREM au profit de LR

Le président sortant LR de la région PACA, Renaud Muselier, et le Premier ministre Jean Castex, le 5 janvier 2021

Le président sortant LR de la région PACA, Renaud Muselier, et le Premier ministre Jean Castex, le 5 janvier 2021 - AFP / Nicolas Tucat

Conformément à ce qui est évoqué en coulisses depuis plusieurs semaines, les macronistes et la droite vont faire alliance dans le Sud, où le RN bénéficie de sondages flatteurs.

Les dés sont jetés en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Dans les colonnes du Journal du Dimanche, le Premier ministre Jean Castex annonce le retrait de la liste La République en marche au profit de celle de Renaud Muselier, président sortant Les Républicains de la région PACA. "La majorité présidentielle répond très favorablement à l'initiative de Renaud Muselier", déclare le locataire de Matignon, lui-même ex-LR.

La secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, retire donc sa liste. Elle et ses troupes "vont intégrer le dispositif" de la droite, qui subit la pression du Rassemblement national, dont la liste conduite par l'ex-LR Thierry Mariani est créditée d'un très bon score au premier comme au second tours des élections régionales de juin.

"Le bon sens voudrait que la majorité présidentielle me soutienne", déclarait Renaud Muselier au micro de BFMTV le 28 avril.

Dès ce dimanche, le président de LR Christian Jacob a annoncé dans un communiqué que Renaud Muselier "ne pourra pas bénéficier de l'investiture" de son parti. "La peur de perdre des uns ajouté au cynisme des autres n'a jamais fondé une ligne politique", peut-on y lire.

Négociations en coulisse

L'alliance sudiste n'est pourtant pas une surprise. Elle est négociée en coulisses depuis des mois, par le truchement des maires LR Macron-compatibles de Nice, Christian Estrosi, et de Toulon, Hubert Falco, qui craignent une victoire du RN cinq ans après la percée de Marion Maréchal. Et ce, en dépit des objurgations de l'état-major de LR, Eric Ciotti et Guillaume Peltier en tête, hostiles à toute alliance avec LaREM avant le premier tour.

D'autres personnalités du cru, venant des deux formations, ont participé aux discussions, par exemple le patron du groupe LaREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, député des Alpes-de-Haute-Provence, et Martine Vassal, ex-candidate LR à la mairie de Marseille et secrétaire départementale de son parti dans les Bouches-du-Rhône. Autre protagoniste essentiel: Thierry Solère, ex-LR devenu conseiller politique d'Emmanuel Macron à l'Elysée. Dans le JDD, il salue "un grand moment de clarification politique".

Poussée du RN

Deux éléments restent toutefois à border. D'abord, la composition de la liste d'union, dans la mesure où de nombreuses figures LR de PACA, comme Julien Aubert ou Eric Ciotti, refusent toute présence de Sophie Cluzel (personnalité très identifiée à la macronie) ou de députés LaREM aux côtés des troupes de Renaud Muselier. Le sujet sera sur la table de la réunion du bureau national du parti mardi, qui promet d'être tendue.

Par ailleurs, et plus fondamentalement, il reste à vérifier si cette alliance peut contenir la poussée du RN. Apprenant de leurs erreurs des municipales de 2020, les marcheurs font le pari, en l'espèce, de sceller l'alliance suffisamment tôt pour la laisser infuser dans l'électorat de droite.

Le pari est risqué néanmoins, LaREM n'étant pas en odeur de sainteté sur le plan local. Par ailleurs, il existe en PACA une frange de la droite de plus en plus dure et hostile à tout ce qui s'apparenterait au centre ou au macronisme. En cas de victoire de Thierry Mariani en juin, le désaveu serait tout aussi cinglant pour LR que pour LaREM.

Reste que pour LR, cet accord va poser un sérieux cas de conscience pour la suite. Si d'autres alliances locales devaient se nouer avec Emmanuel Macron, le brouillage des frontières avec la droite pourrait obérer le fragile rebond de celle-ci à un an de la présidentielle.

"Clarification au niveau national"

Côté Elysée, on se félicite - voire se délecte - auprès de BFMTV d'une "clarification au niveau national" et non seulement régional. "Les contacts se multiplient dans toutes les régions. Ça peut, et ça va faire tache d'huile dans les jours qui viennent", veut croire un proche du chef de l'État.

Dans l'esprit des marcheurs, la partition de LR en deux camps distincts est désormais actée: il y aurait ceux qui sont mûrs pour une alliance assumée avec Emmanuel Macron dès le premier tour des régionales, prélude à ce qui pourrait avoir lieu en amont de la présidentielle; et ceux qui, à défaut de s'unir au RN, préféreraient le voir gagner plutôt que de facilité une réélection du président.

Quoi qu'il en soit, les discussions locales vont se poursuivre. Pas question pour LaREM, coquille vide dépourvue d'implantation, de cesser de "travailler la poutre" qui disloque la droite, comme l'avait jadis résumé Édouard Philippe.

Par Jules Pecnard avec Anne Saurat-Dubois