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EDITO - Avec son "vous avez raison", Emmanuel Macron "refait de la politique"

En répondant directement à la pétition de Priscillia Ludosky pour la baisse du carburant à la pompe, Emmanuel Macron est descendu dans l'arène. Nos éditorialistes analysent la stratégie de l'Elysée à l'aube du grand débat national.

"Vous avez raison." Trois mots forts, écrits par Emmanuel Macron qui, en personne, a répondu ce jeudi à la pétition "Pour une baisse des prix du carburant à la pompe!". Lancée par Priscillia Ludosky, devenue une figure du mouvement des "Gilets jaunes", la pétition compte aujourd'hui 1.157.823 signatures.

"L’action contre le réchauffement climatique est un combat nécessaire, mais il ne doit pas opposer les problèmes de fin du monde aux problèmes de fins de mois. Le gouvernement a donc annoncé l’annulation de l’augmentation de la taxe sur le carburant et qu’aucune hausse des tarifs de gaz et d’électricité n’interviendrait pendant l’hiver" a-t-il expliqué, avant de détailler les mesures prises prochainement par le gouvernement. 

Pour nos éditorialistes, cette réponse directe à la grogne sociale signe le retour d'Emmanuel Macron sur la scène politique, et lance également le grand débat national qu'il appelait de ses voeux.

Laurent Neumann
Laurent Neumann © BFMTV

> "Emmanuel Macron refait de la politique"

"Avec cette réponse, Emmanuel Macron refait de la politique et c’est peut-être ça la bonne nouvelle. Mais il aurait dû avoir ce type de réaction il y a un mois, au tout début du conflit. On lui reproche d’être méprisant, arrogant, là il descend dans l’arène, il se met à hauteur des gilets jaunes, il leur répond directement en changeant de ton. Il leur dit 'vous avez raison.'

Il en profite aussi pour faire la publicité de son débat national en disant 'allons-y, moi je me mêle au débat, je donne mon avis, je vous donne raison. Faites comme moi, venez à la table.'

Il en profite aussi pour rappeler toutes les mesures qu’il a déjà annoncées. Jamais, dans l’histoire de tous les mouvements sociaux, jamais aucun mouvement, syndicat ou parti d’opposition n’a obtenu autant en si peu de temps. Alors c’est bien que le président dise que ses adversaires politiques ont raison, mais c’est bien aussi que ceux qui ont obtenu tout ça finissent par le reconnaître."

Christophe Barbier
Christophe Barbier © BFMTV

> "Il pouvait devenir le héros des gilets jaunes, il a raté cette occasion"

"Il a manqué une grande occasion. S'il avait dit cela, s'il avait fait cela à la mi-novembre, il pouvait devenir le héros des gilets jaunes, le président qui leur disait 'j’ai compris, vous êtes en marche, mais le En marche de la France d'en bas'. A ce moment-là, il enclenchait de lui-même ce fameux tournant social., ce moment où l’on redistribue le pouvoir d’achat. On fait du ruissellement du haut vers le bas, mais du ruissellement accéléré par la politique du gouvernement. Il a raté cette occasion, c’est fini, c’est trop tard, il va le payer longtemps mais peut-être pourrait-il s’en servir de bréviaire pour la suite de son quinquennat.

Maintenant, il cherche à ouvrir le nouveau temps, le grand débat national. Il incite tous les Français à y participer et il y participe lui-même. C’est un appel au dialogue, pour lui le débat doit continuer sous la forme démocratique, sur le terrain c’est fini: plus de ronds-points occupés, mais un dialogue où l'on peut tout se dire.

Mais attention, Emmanuel Macron sait que le mouvement des gilets jaunes peut redémarrer, sous cette forme ou sous une autre, dès 2019 si les concessions faites ne sont pas vraiment visibles dans le portefeuille des Français dès janvier ou février." 

Hugo Septier