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Départ à la retraite: la majorité une nouvelle fois au bord de l'explosion?

Au centre Stanislas Guerini, patron du groupe LREM, ici sur les bancs de l'Assemblée nationale le 4 décembre 2018.

Au centre Stanislas Guerini, patron du groupe LREM, ici sur les bancs de l'Assemblée nationale le 4 décembre 2018. - François Guillot - AFP

Alors que plusieurs ministre insinuent qu'un retour sur l'âge de départ à la retraite est envisageable, une partie des élus LaREM s'y oppose clairement, divisant ainsi les équipes de la majorité.

"Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions", promet le programme présidentiel d'Emmanuel Macron. Mais ces derniers jours, plusieurs membres du gouvernement, comme le président de la République, remettent la question sur le tapis, provoquant une levée de boucliers d'une partie des parlementaires de la majorité.

Le débat sur le sujet a éclaté le 15 mars dernier, sur Europe 1. Interrogé sur un possible allongement de la durée du temps de travail au-delà des 62 ans, le Premier ministre répond: "Il faut se poser cette question." Le gouvernement embraye sur le sujet, et la ministre de la Santé Agnès Buzyn déclare sur RMC le 21 mars:

"Nous aurons très certainement a travailler plus longtemps, c'est une question qui se pose."

Les chefs de file montent au créneau

Ces déclarations, qui ne promettent rien mais insinuent qu'un changement est envisagé, ont fait bondir certains parlementaires de la majorité, alors que les députés LaREM se remettent tout juste des débats sur la loi Asile et Immigration, qui avaient déjà divisé leurs rangs. "S'ils ouvrent la possibilité de repousser l'âge légal de départ à la retraite, le groupe à l'Assemblée explose", déclare un poids lourd de LaRem dans Le Figaro de ce vendredi.

Le patron du groupe LaREM, Stanislas Guerini, et le chef de file de la majorité à l'Assemblée nationale, Gilles Le Gendre, sont d'ailleurs montés au créneau cette semaine, afin de rassurer leurs troupes.

"L'âge pivot de 62 ans ne bougera pas (...) considérons la polémique refermée", déclare ce dernier sur Europe 1. "Notre engagement, c'est de faire la réforme systémique des retraites à périmètre constant sur l'âge de départ à la retraite", a déclaré de son côté Stanislas Guerini devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

L'exécutif serre les vis

D'après les informations du Parisien, Edouard Philippe était "furieux" en découvrant la sortie de Gilles Le Gendre sur le sujet. La petite musique de l'allongement de la durée de travail a, en tout cas, continué d'être jouée en parallèle cette semaine, par d'autres membres du gouvernement.

Sur les retraites, le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin pose ainsi la "question de savoir si on fait une réforme d’âge (...) il n'y a pas 50 solutions, au vu des comptes publics", sur France Inter lundi. Des propos soutenus par le ministre de l'Économie Bruno Lemaire jeudi matin sur RMC.

Mercredi, Emmanuel Macron a également ajouté son grain de sel au débat, en expliquant que les salariés français partaient aujourd'hui à la retraite "à peu près au même âge qu'en 1980", alors qu'ils vivaient plus longtemps, laissant ainsi entendre une possible réforme de ce point.

Les députés font de la résistance

Un texte de Corinne Vignon, députée LaREM de Haute-Garonne, devait être publié dans les colonnes du Parisien le weekend dernier, pour rappeler son attachement au maintien de l'âge légal de départ à la retraite à 62 ans. 35 députés avaient signé ce texte, qui n'est jamais sorti. Gilles Le Gendre l'aurait empêché au nom "de l'unité du groupe LaREM", rapporte Le Parisien.

Mais la polémique est lancée, et plusieurs députés n'hésitent plus à afficher leur volonté de conserver l'âge de départ à la retraite, comme le parlementaire de l'Hérault Patrick Vignal, ou Anne-Laure Cattelot, du Nord, ce jeudi.

Leur prise de position pourrait avoir d'autant plus de poids que Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire en charge de la réforme des retraites, aurait menacé de démissionner à la suite des déclarations des ministres. D'après Le Canard Enchaîné de ce mercredi, il se serait même emporté contre "ces cons de Matignon qui défendent une mesure uniquement comptable", alors que lui travaille depuis plusieurs mois la réforme avec comme contrainte principale, le même âge de départ à la retraite.

Salomé Vincendon