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Asile et immigration: la première loi qui divise les députés En marche

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- - Gérard Julien - AFP

Le projet de loi "asile et immigration" porté par le ministre de l'Intérieur a été présenté ce mercredi en Conseil des ministres. Ce texte divise profondément la majorité, des députés le jugeant trop dur. De nombreuses voix pourraient manquer à l'appel au moment de le voter.

C'est la pomme de discorde autour de laquelle se déchire au grand jour, ou presque, une majorité qui jusqu'ici tenait à se présenter d'un seul bloc devant l'opinion et les observateurs. Ce mercredi, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a présenté en Conseil des ministres son projet de loi "asile et immigration". Se faisant bien sûr l'ambassadeur de son texte, qui se propose notamment de doubler la durée de rétention en centre administratif, et de réduire à quinze jours le délai de recours pour les déboutés du droit d'asile, il a assuré qu'il s'agissait d'un ensemble "équilibré". Mais, visiblement, sa force de conviction n'emporte pas tout le monde dans les troupes parlementaires sur lesquelles peut s'appuyer La République en marche. 

Des égards infructueux

Il s'est d'ailleurs transporté vers les groupes parlementaires LaRem et MoDem ce mercredi après-midi pour défendre son projet de loi. Ce n'est pas le premier égard du ministre de l'Intérieur envers les députés. Auparavant, il en avait invité certains à des réunions Place Beauvau. Soucieux de rassurer, le Premier ministre Edouard Philippe lui a prêté main forte et a promis à Lyon, ancien fief de son ministre de l'Intérieur, d'insérer dans le texte "asile et immigration" un rapport sur l'intégration. 

Mais rien n'y fait. Le mécontentement de certains représentants de la nation ne se résorbe pas. Martine Wonner, députée LaRem élue dans le Bas-Rhin est ainsi intervenue sur notre antenne ce mercredi: "Ce texte paraît relativement dur, notamment sur des points techniques qui sont l’allongement de la durée de rétention en centres de rétention administratifs, la réduction des droits de recours pour les déboutés du droit d’asile puisqu’on passerait de un mois, ce qui est déjà ridiculement court à 15 jours."

"On est très inquiets par rapport au respect de la personne et des droits humains selon la convention de Genève dont la France est signataire", a-t-elle ensuite affirmé, ajoutant: "Si ça ne bouge pas, oui, en l’état, je serai à même de m’abstenir sur ce texte". 

Une trentaine de "frondeurs" attendus du côté de Collomb 

Et là est toute la question. Combien seront les "frondeurs", refusant de voter la version définitive du projet de loi si après les six semaines de discussions qui se profilent, aucun accord n'est trouvé entre le groupe et le gouvernement qu'il soutient? Jeudi, le vote de la loi sur les "dublinés", définissant les conditions de placement en centre de rétention, a pris des airs de galop d'essai pour exécutif et députés. Au sein de La République en marche, ils ont été nombreux à renâcler, bien que le groupe ait fini par voter le texte. 

Les détracteurs de ce dernier reprochaient notamment au Sénat d'avoir durci les mesures. Selon Le Monde, 98 députés LaRem, le tiers du groupe, s'étaient déclarés en faveur d'amendements pour assouplir la loi. 

Près de cent députés, le taux est énorme mais on ne devrait pas atteindre ces hauteurs ni même les approcher dans le cas du projet de loi "asile et immigration". Dans l'entourage de Gérard Collomb, on évoque une trentaine maximum de "frondeurs". 

Robin Verner