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Démission de Wauquiez: la droite à la recherche d'un leader, mais aussi d'une ligne politique

Xavier Bertrand, Eric Ciotti et François Baroin en 2017.

Xavier Bertrand, Eric Ciotti et François Baroin en 2017. - Patrick KOVARIK / AFP

Pour tourner la page Laurent Wauquiez, la droite a besoin de bien davantage qu'un nouveau visage à sa tête. Entre un RN conquérant et une LaREM pleine d'attraits pour certains de ses membres, LR doit retrouver une ligne claire, apte à concilier les familles qui les composent.

En France, la droite est davantage la rencontre de plusieurs familles unies par des intérêts communs qu'un ensemble homogène. Le problème, c'est que toutes semblent vouloir quitter la table en même temps désormais, à commencer par son ex-chef Laurent Wauquiez. Contesté depuis trop longtemps et tenu pour responsable du désastre électoral subi par Les Républicains aux Européennes une semaine auparavant, il a annoncé son départ de la présidence du parti ce dimanche soir sur le plateau du journal télévisé de TF1.

Un "grand cadavre à la renverse"

Peu importe le degré de responsabilité réel de Laurent Wauquiez dans les malheurs de son camp, il apparaît que son parti a surtout besoin de retrouver une ligne politique à même de stopper l'hémorragie. "En ce moment, il n'y a plus d'espace pour Les Républicains car ils ne savent plus répondre à une question simple: ça signifie quoi être de droite?" a diagnostiqué notre éditorialiste Christophe Barbier ce lundi matin, avant de reprendre:

"C'est une droite qui a été construite en 1958 et a duré jusqu’en 2017. Ce pilier de la Ve République est par terre."

A l'orée de la fondation de celle-ci, en 1960, Jean-Paul Sartre voyait dans la gauche un "grand cadavre à la renverse". Aujourd'hui, le tableau colle tout aussi bien à la droite. Mais la dépouille ne lasse pas d'intéresser. Marion Maréchal, ce dimanche sur LCI, a appelé à la formation d'une "grande coalition" du Rassemblement national (RN) et des Républicains (LR). Il y a quelques jours, Gérard Larcher, le président du Sénat, rêvait quant à lui d'une droite adossée au centre, un projet qui était déjà celui de l'UMP à sa création en 2002.

L'étau

Camille Langlade, cheffe de notre service politique, a dépeint l'étau enserrant la droite: "Les Républicains semblent aspirés par d’un côté cette vision identitaire, de grande alliance prônée par Marion Maréchal et Marine Le Pen du Rassemblement national, et de l’autre côté une vision plus pro-entreprise, libérale d’Emmanuel Macron."

Pour espérer éviter la gangrène et survivre dans un monde politique qui semble n'avoir plus besoin d'elle, la droite aurait donc besoin de s'amputer de l'une de ses jambes, le pied libéral ou le pied sécuritaire? Au contraire, selon notre journaliste qui a observé:

"Jusqu’ici, la droite a toujours réussi à faire cette synthèse autour de grands leaders, évidemment on pense à Valéry Giscard d’Estaing, à Jacques Chirac et bien sûr à Nicolas Sarkozy, et même François Fillon qui, malgré toutes ses affaires, avait réussi à rassembler 20% des électeurs, un score qui semble aujourd’hui assez exceptionnel. Pour retrouver son espace, la droite a besoin d’idées, de réflexions mais surtout d’un leader, c’est important à droite, plus qu’ailleurs. Elle en manque cruellement aujourd’hui".

Cohérence et renouvellement

Mais pour le politologue Stéphane Rozès, invité ce lundi matin sur notre antenne, les enjeux actuels échappent justement à cette synthèse: "Ce qu’étaient devenus Les Républicains au fond, c'était une tension entre un conservatisme moral et un libéralisme assez dur, comme si le message porté par François Fillon et repris par Laurent Wauquiez était de dire: 'Pour survivre dans le monde tel qu’il est, il faut changer notre modèle économique et social, en revanche, on vous rassure sur les valeurs fondamentales'." Dorénavant, selon ce spécialiste, il faut "une grande cohérence" à la droite.

Les observateurs du débat public en sont déjà à examiner les profils des successeurs potentiels de Laurent Wauquiez. Xavier Bertrand, qui a pourtant quitté le vaisseau amiral, et François Baroin, enfant chérie de la "chiraquie" et président de l'Association des maires de France (AMF) font figure de favoris, d'autant plus que Gérard Larcher a récemment estimé, comme l'a relevé Camille Langlade, que la solution viendrait des "territoires, de l’expérience, du terrain". Pourtant, le mot de la base est différent. A Fréjus, dans le Var, devant nos caméras, les militants ont surtout formulé leur attente d'une "jeunesse" nouvelle dans les structures. La semaine dernière, pour tirer de sa torpeur une droite sonnée par sa défaite, onze jeunes députés des Républicains ont annoncé la création d'un "comité de renouvellement". Il en faudra plus pour ressouder les uns et les autres.

Robin Verner