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Ce que nous apprend le livre à paraître ce mercredi sur Alexandre Benalla

Alexandre Benalla, à sa sortie de détention provisoire le 26 février 2019.

Alexandre Benalla, à sa sortie de détention provisoire le 26 février 2019. - JACQUES DEMARTHON / AFP

Ce mercredi sort en librairies un livre sur l'ancien chargé de mission élyséen, titré Alexandre Benalla, la vraie histoire. De son parcours à l'affaire proprement dite, les bonnes feuilles de l'ouvrage nous permettent de mieux cerner le sulfureux personnage.

Les chargés de mission de l'Elysée ont en général en commun une certaine obscurité. Mais l'obscurité, Alexandre Benalla a préféré la laisser aux autres. Depuis un an, et l'éclatement en juillet 2018 d'un scandale lié à son intervention musclée Place de la Contrescarpe à Paris en marge des manifestations du 1er-mai, l'homme est omniprésent sur la scène politico-médiatico-judiciaire. Et ce mercredi paraît Alexandre Benalla, la vraie histoire, signé de la journaliste Sophie Coignard. 

Et ladite histoire de l'agent de sécurité avec le pouvoir commence bien avant l'affaire elle-même, comme le montrent les bonnes feuilles publiées par L'Express. 

En troisième, il écrit à Nicolas Sarkozy 

Au tournant 2005-2006, Alexandre Benalla, alors élève de 3e, doit réaliser son stage d'observation. Visiblement, il ne manque pas d'ambition et envoie une lettre de motivation... au ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy. Il veut être le stagiaire du RAID. Il obtient bientôt une réponse du cabinet du ministre. Bien sûr, en ce qui concerne le RAID, sa requête n'aboutit pas. En revanche, on lui offre d'intégrer le Service de protection des hautes personnalités. 

Cette période d'observation lui permet de travailler pendant trois jours à l'Elysée. 

Entremetteur de Sébastien Lecornu 

Après moult aventures professionnelles, dont une brève expérience comme chauffeur d'Arnaud Montebourg, Alexandre Benalla est directeur de la sécurité d'Emmanuel Macron en 2017. Trait qui lui portera préjudice plus tard, il ne s'en tient pas strictement à ses prérogatives. Ainsi, pendant la campagne, il boit un verre avec Sébastien Lecornu dans un bar germanopratin. Alors membre des Républicains, ce dernier traîne son mal-être dans l'équipe d'un François Fillon qui ne connaît même pas son prénom et le salue à peine quand il le voit. Il partage ce spleen avec Thierry Solère et Gérald Darmanin. Tous veulent quitter le navire pour rejoindre ces voiles que gonfle le vent. 

Revenu au QG de campagne, Alexandre Benalla presse Ismaël Emelien de rencontrer Sébastien Lecornu. Devant la réticence de celui-ci, il joue un argument apparemment massue: l'élu normand aurait le même regard qu'Emmanuel Macron. Au bout du compte, Ismaël Emelien convient de s'asseoir avec Sébastien Lecornu au Rooftop, un bar disposé sur le toit de l'hôtel Peninsula.

Sébastien Lecornu est désormais ministre chargé des Collectivités territoriales. 

Prévenir le président de la République... et demander une médaille 

Après la victoire et l'acclimatation au pouvoir, le 1er-mai, et le débordement que l'on sait, surviennent bien vite. Dès le lendemain, Alexandre Benalla s'ouvre de ses errements à son chef. Il envoie, via l'application cryptée Telegram, un long message à Emmanuel Macron:

  • "Monsieur le Président, hier après-midi j'ai été invité par la Préfecture de Police à observer de l'intérieur la manifestation du 1er mai, j'ai donc été équipé d'un casque et intégré à une équipe de policiers en civil et accompagné par un major de police. En fin d'après-midi nous nous sommes retrouvés place de la Contrescarpe, où la situation a plus que dégénéré, je ne me suis alors pas cantonné à mon rôle d'observateur et ai porté assistance aux policiers présents qui essayaient d'interpeller deux personnes ayant jeté des projectiles et violenté les policiers en civil. La scène assez violente a été filmée et même si l'on ne m'identifie pas très nettement je suis reconnaissable. Cette vidéo tourne actuellement sur les réseaux sociaux. Alexandre". 

Emmanuel Macron est alors en déplacement en Océanie. Lorsqu'il découvre la vidéo un peu plus tard, il sort de ses gonds. Pourtant, au cours des mois suivants, il témoignera son soutien à Alexandre Benalla à plusieurs reprises. 

Selon Sophie Coignard, son erreur n'amène pas le jeune homme à faire profil bas. Il considère qu'être sanctionné n'aurait pas de sens. Pour lui, il faudrait soit le virer purement et simplement soit... le décorer pour avoir fait régner la loi. Il ose même aborder le sujet au cours d'un entretien avec Ismaël Emelien. Cette fois-ci, l'Elysée ne le suivra pas sur cette voie pour le moins douteuse. 

La défense avortée 

C'est encore avec celui qui est alors conseiller spécial d'Emmanuel Macron qu'il prépare sa défense avant d'être auditionné par la commission d'enquête du Sénat. Celui-ci lui propose de mettre sur pied une "défense de rupture". Une stratégie, initiée par Jacques Vergès à l'origine, qui consiste à dénier toute légitimité à l'institution judiciaire et à politiser le procès.

Pour ce faire, Ismaël Emelien propose à Alexandre Benalla de lui adjoindre les services des avocats Eric Dupond-Moretti, François Sureau et Patrice Spinosi. Lui n'aurait qu'à rester sur sa réserve tandis qu'Eric Dupond-Moretti lirait un texte concocté par les deux autres. Cependant, la discussion téléphonique entre Alexandre Benalla et Eric Dupond-Moretti ne soulève pas l'enthousiasme du premier, qui décide de se présenter seul.

Robin Verner