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Attaque à la préfecture de police: Ciotti dénonce une "accumulation de signaux" non pris en compte

Lors d'un point d'étape à mi-parcours de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur l'attaque à la préfecture de police de Paris, Eric Ciotti a affirmé que Mickaël Harpon n'aurait jamais dû être encore dans la police au moment de l'attaque.

"Mickaël Harpon n'aurait jamais dû, compte-tenu des signaux qu'il a émis, rester dans la police." Le constat, sans appel, est dressé par Eric Ciotti, président de la commission parlementaire chargée de faire la lumière sur l'attaque à la préfecture de police de Paris, qui a fait quatre morts le 3 octobre dernier. Ce dernier s'est exprimé ce mardi matin, avec le rapporteur de la commission d'enquête Florent Boudié, lors d'un point presse à mi-parcours de leurs travaux. 

"Sentiment de sidération"

Il y a "un sentiment de sidération par rapport à l'accumulation des dysfonctionnements constatés", a affirmé Eric Ciotti, avant d'ajouter: "Notre première constatation c'est que Mickaël Harpon n'aurait jamais dû, compte-tenu des signaux qu'il a émis, rester dans la police. Il n'avait plus sa place."

Tout en reconnaissant que "naturellement le risque zéro n'existe pas", le président de la commission juge que l'assaillant n'aurait plus dû se trouver dans les rangs de la police lors de l'attaque:

"Malgré une multiplication de signes, qui individuellement pourraient être qualifiés de faibles, mais dont la répétition manifestait une situation qui aurait dû faire en sorte que l'habilitation que détenait depuis 2003 Mickaël Harpon lui soit immédiatement retirée et conduise de ce fait à son départ immédiat de la police", a-t-il déclaré devant la presse.

Accumulation de signes

Il a énuméré les signes qui selon lui sont ceux d'une radicalisation évidente: son mariage religieux (en 2008 ou 2009), sa conversion à l'islam, la modification du comportement (il ne faisait plus la bise à certaines de ses collègues féminines) ou encore, lorsqu'il s'est montré sur la défensive avec l'un de ses collègues à propos de l'attentat contre Charlie Hebdo, où il aurait déclaré: "Ils n'auraient jamais dû faire ça, jamais du parler de lui comme ça [en parlant du prophète, ndlr]". Puis d'ajouter: "C'est bien fait."

D'après la trentaine d'auditons déjà effectuées, il apparaît que si des échanges "informels" sur son cas ont bien eu lieu, "le chef de section qui a été informé de l'altercation [sur Charlie Hebdo] n'a pas fait remonter l'information à sa hiérarchie", déplore Eric Ciotti.

Le suivi de la mosquée de Gonesse en question

Ce dernier ajoute enfin qu'il y a eu un "grand dysfonctionnement" concernant le suivi de la mosquée de Gonesse (Val-d'Oise), que fréquentait l'assaillant: "Dans cette mosquée a été identifié un imam inscrit au fichier des personnes recherchées (une fiche S)", rappelle-t-il, ajoutant que celui-ci faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français mais n'a "jamais été expulsé."

La commission d'enquête doit encore prolonger ses travaux pendant trois mois, durant lesquels les état-majors des trois armées, les syndicats de police mais aussi Christophe Castaner et Laurent Nunez seront entendus. En avril, le rapporteur Florent Boudié dévoilera les recommandations de la commission sur la radicalisation dans les emplois sensibles.

Esther Paolini