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Après ses propos sur la Manif pour tous, Macron promet de "protéger" et "défendre" la loi Taubira

Emmanuel Macron, le 14 mars 2016.

Emmanuel Macron, le 14 mars 2016. - Patrick Kovarik - AFP

Après avoir estimé que les opposants au mariage pour tous avaient été "humiliés" sous le quinquennat, Emmanuel Macron, invité par le magazine Causette, présentait jeudi soir ses propositions pour l'égalité. Se déclarant favorable à l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, le candidat a également promis de "protéger" et "défendre" la loi Taubira.

D'un magazine à l'autre, Emmanuel Macron tente de désamorcer l'une des polémiques dans lesquelles il s'est placé tout seul. Dans un entretien à L'Obs paru jeudi, le candidat à la présidentielle estimait que les opposants au mariage pour tous avaient été humiliés, et qu'au moment des débats sur l'ouverture de cette institution aux couples de même sexe, une partie de la France avait été "ignorée".

Des propos qui ont révolté de nombreux potentiels électeurs, qui en ont profité pour rappeler sur Twitter les humiliations subies par les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et trans en 2013. Une année où les actes homophobes déclarés ont d'ailleurs augmenté de 78%, comme en témoignait le rapport 2014 de l'association SOS Homophobie. Le soir même, hasard du calendrier, Emmanuel Macron était invité par le magazine Causette à présenter et débattre de ses propositions sur l'égalité. L'occasion de tenter de rectifier le tir, alors que sa position de favori est fragilisée et que les plusieurs polémiques se sont succédé en peu de temps, après celle sur la colonisation, qu'il a qualifiée de "crime contre l'humanité" lors de son déplacement en Algérie. 

Défense de la loi Taubira et du débat

Si le candidat à la présidentielle peut se targuer de sa deuxième place dans les sondages, ses intentions de vote stagnent et la base de son électorat semble friable, car comme le montre la nouvelle vague de l’enquête électorale du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), réalisée auprès de plus 15.000 personnes, seulement 33% de ses électeurs se disent "sûrs" de voter pour lui.

Lors de ce débat, Emmanuel Macron a donc évoqué la loi Taubira, qui a instauré le mariage pour tous. "Qu'il n'y ait aucune ambiguïté, je suis pour la loi mariage pour tous. Je la défendrai et je la protègerai", a-t-il promis. Il a cependant estimé qu'il n'y avait pas eu de "débat" sur cette question mais une "conflictualité".

"Je suis pour respecter les citoyens dans leurs différences, c'est aussi ce qui m'a conduit à discuter avec des gens qui étaient contre", a-t-il ajouté.

"Discrimination intolérable"

Le candidat a également défendu l'accès de la PMA à toutes les femmes, donc son ouverture aux femmes lesbiennes ou célibataires. "Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable", a-t-il déclaré.

Pour une convention internationale sur la GPA

Abordant aussi la question de la gestation pour autrui, le candidat d'En Marche! a dit ne pas être favorable à sa légalisation en France. Evoquant cependant le sort des enfants nés de GPA à l'étranger et vivant en France, il a promis de "reconnaître" leur existence et de leur donner "un statut juridique".

La France a plusieurs fois été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour avoir refusé de transcrire à l'état civil les actes de naissance d'enfants se trouvant dans ce cas. Il a aussi plaidé pour que la France participe à une convention internationale sur la GPA, "de type La Haye pour lutter contre la marchandisation du corps des femmes et le trafic des enfants".

Le 29 mai 1993, la Convention de La Haye avait statué sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale. L'idée d'une telle convention sur la GPA, inspirée de celle de La Haye, apparaissait en 2013 dans un rapport présenté au Parlement européen, qui s'intéressait aux réponses légales possibles à apporter à la GPA.

"Déception"

Des propositions saluées par la sociologue Irène Théry, qui les a publiées sur sa page Facebook. La chercheuse, régulièrement sollicitée par les gouvernements de gauche pour son expertise, a notamment rendu en 2013 un rapport intitulé "Filiation, origines, parentalité", qui recommandait ces deux mesures, celle d'ouvrir la PMA à toutes les femmes, et celle de l'inscription à l'état civil des enfants nés de GPA à l'étranger.

Comme l'a rapporté la sociologue, Emmanuel Macron a aussi défendu l'idée qu'au sein d'un couple de femmes, la compagne de la mère biologique soit reconnue d'emblée comme mère et n'ait plus à adopter son enfant. "Voilà qui tempère comme il le fallait notre réelle déception de ce matin", a-t-elle écrit, en référence aux propos du candidat dans L'Obs.

Abordant plus globalement la question de l'égalité hommes-femmes, Emmanuel Macron a notamment défendu un congé maternité unique, quel que soit le statut professionnel des futures mères, et l'allongement du congé paternité. Il a aussi proposé de publier la liste des entreprises ne respectant pas l'égalité salariale, et promis un gouvernement paritaire, s'il l'emportait à la présidentielle.

Charlie Vandekerkhove