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Affaire des "écoutes": l'avocate de Nicolas Sarkozy annonce saisir la ministre de la Justice

Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy - Xavier Leoty - AFP

Elle réclame "une inspection générale" après la révélation des investigations menées pour identifier la "taupe" éventuelle qui aurait informé Nicolas Sarkozy et son avocat qu'ils étaient sur écoute.

Elle dénonce des "procédés inédits, dérogatoires, exceptionnels" et "déloyaux". L'avocate de Nicolas Sarkozy, Me Jacqueline Laffont, a annoncé ce jeudi sur RTL saisir la ministre de la Justice Nicole Belloubet, après les révélations du Point sur les investigations d'ampleur menées par le parquet national financier pour tenter d'identifier une "taupe" éventuelle dans l'affaire dite des "écoutes".

"Nous avons décidé de saisir Madame la garde des Sceaux d'une demande d'inspection générale afin qu'il soit enquêté sur toutes les interrogations que suscite cette enquête, sur tous les dysfonctionnements, les dérives qui ont pu être constatés à l'occasion de la délivrance de la copie de cette enquête préliminaire", a expliqué Me Jacqueline Laffont.

"On souhaite savoir pourquoi il y a eu une enquête qui a été détachée de son corps naturel (...), on souhaite savoir pourquoi des avocats sans la moindre raison possible ont été surveillés, on souhaite savoir pourquoi cette enquête nous a été cachée (...), on souhaite savoir pourquoi un magistrat du PNF a décidé de poursuivre cette enquête alors que les policiers avaient conclu quasiment à un classement sans suite, classement sans suite qui a été rendu après l'ordonnance de renvoi", a-t-elle poursuivi.

"Des surveillances très intrusives"

L'existence de l'enquête évoquée par Le Point, parallèle aux investigations dans l'affaire dite des "écoutes", était connue et dénoncée de longue date par la défense de l'ancien président et de son conseil, mais pas son contenu ni l'ampleur de la surveillance de tous ces avocats.

Selon l'hebdomadaire, les enquêteurs de l'Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (Oclciff) ont épluché les factures détaillées de nombreux ténors du barreaux et de leurs collaborateurs, parmi lesquels Mes Eric Dupond-Moretti, Jean Veil, Jacqueline Laffont ou Hervé Témime, mais aussi d'une magistrate ou des lignes fixes du PNF. Certains ont même été géolocalisés.

Ce sont "des surveillances très intrusives, très attentatoires aux libertés individuelles, mais aussi au secret professionnel qui entoure notre profession", a dénoncé l'avocate de Nicolas Sarkozy. "Nous avons dans cette procédure des noms de nos clients que nous appelions, des lieux où nous nous trouvions, des abords de cabinets qui ont été surveillés par l'intermédiaire de ces bornages."

"Ces procédés sont déloyaux", a-t-elle commenté. "Une justice qui fonctionne avec des procédés déloyaux, il y aura forcément à un moment ou à un autre, sous une forme ou une autre, des comptes à rendre sur la régularité de cette justice-là."

Une plainte envisagée

Me Jacqueline Laffont dit "songer" à porter plainte après ses révélations. Au-delà de cette enquête, dans cette affaire dite des "écoutes", le procès de Nicolas Sarkozy pour corruption, qui devait initialement se tenir en octobre, se déroulera finalement du 23 novembre au 10 décembre.

Face à cette échéance, Nicolas Sarkozy reste, selon elle, "confiant envers la suite". "Il a un message qu'il répète", a affirmé son conseil. "Ce qu'il souhaite c'est un état de droit, le respect de cet état de droit.

"Il est un citoyen qui a été un ancien président de la République, qui a occupé des fonctions éminentes au sommet de l'État, mais qui souhaite être jugé ni mieux ni moins bien qu'un justiciable ordinaire, c'est simplement ce qu'il demande", a-t-elle poursuivi.

Pour elle, "le moins que l'on puisse dire (...) c'est que ça n'a pas été le cas". Car selon elle, dès que le nom de Nicolas Sarkozy apparaît dans un dossier, "les choses s'emballent".

M.D.