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Affaire Baupin: pourquoi la parole commence à se libérer sur le harcèlement sexuel en politique

L'affaire Denis Baupin a mis en lumière le silence observé, parfois depuis de longues années, par plusieurs élues sur le harcèlement sexuel dans le monde politique.

Avec les accusations de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles visant le député écologiste Denis Baupin, les témoignages d'élues évoquant le sexisme et le machisme qui règne dans la sphère politique se multiplient depuis le début de la semaine, quand l'affaire a été révélée par Mediapart et France Inter.

Ancienne ministre déléguée à la condition féminine sous Valéry Giscard d'Estaing, Monique Pelletier a utilisé cette semaine le réseau social Twitter pour évoquer pour la première fois des faits vieux de 37 ans! "D. Baupin... les victimes parlent... enfin... bravo! Ministre des femmes en 1979, j'ai été agressée par un sénateur... honte à moi de mon silence!", a-t-elle lancé en guise de message libérateur.

Un avant et un après DSK

Les scandales sexuels en politique, un fait nouveau? Dans L'Histoire en direct, vendredi soir sur BFMTV, l'historien Fabrice d’Almeida rappelle qu'Il y avait, du temps de la monarchie, "un rapport à l’homme de pouvoir qui incluait d’une certaine manière une domination sexuelle". 

"Je pense à Louis XV, qui est le roi le plus emblématique de ça. On sait que des mères de famille lui apportaient des jeunes filles pour obtenir, très souvent, des faveurs en échange (...) On sait que si on arrive à mettre quelqu’un dans le lit du roi, ça va profiter à toute la lignée", explique-t-il.

Pour Fabrice d'Almeida, "avec la démocratie, la question ne se pose plus de la même manière". "Après, on va rentrer dans ce que l’on a connu nous, des scandales sexuels. Mais quand on regarde France, on est frappé de voir que jusqu’aux années 1980, ce type de question ne se pose pas", décrypte-t-il, évoquant la fameuse séparation vie privée-vie publique et citant pour exemple la famille cachée de François Mitterrand. "Il est possible que quelque chose quelque chose se soit déjoué à la fin des années 1980 début des années 1990, sous l’effet de ce qui se passe à l’étranger et notamment aux Etats-Unis", poursuit-il.

Une affaire met fin au tabou de la vie privée des politiques. En mai 2011, quand Dominique Strauss-Khan, alors directeur du FMI est accusé de viol, les politiques français sont choqués, l'affaire est livrée au public via les médias. Mais il y aura un avant et un après affaire DSK: pour éviter le rouleau-compresseur médiatique, désormais, lorsqu'ils sont mis en cause dans des affaires de harcèlement ou d'agression sexuels, certains politiques préfèrent démissionner. En mai 2011, George Tron, secrétaire d'Etat et maire de Draveil est accusé de viol par deux anciennes employées de sa commune. Aussitôt, le Premier ministre François Fillon lui demande de quitter son poste au gouvernement. Il conserve son mandat de maire de Draveil.

"Une domination patriarcale très forte"

En 1992, la France avait été le premiers pays européen à se doter d'un arsenal juridique complet contre le harcèlement sexuel. Plusieurs fois modifiée depuis, la législation reste dissuasive, mais ne peut pas tout. Notamment lorsque l'entourage reste passif, ou quand les victimes ne veulent pas parler.

Déni ou omerta, l'affaire Baupin a jeté une lumière crue sur le silence longtemps observé par les femmes politiques en la matière. "Question de survie et de forme mentale. Parce que c’est difficilement supportable", analyse l'ex-secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy et candidate à la présidentielle Rama Yade, invitée de l'émission. Pour l'auteure d’Anthologie regrettable du machisme en politique, le machisme et le sexisme sont "consubstantiels à l’engagement" politique.

"C’est un milieu très compétitif, et le machisme et le sexisme apparaissent comme des armes, employées par certains, pour handicaper les concurrents", souligne Rama Yade, avant de poursuivre: 

"Il y a une domination patriarcale très forte des hommes en politique. Non seulement par le nombre - ils sont majoritaires - mais aussi par les fonctions qu’ils occupent. Les femmes étant minoritaires, moins organisées entre elles, c’est très compliqué d’être un élément isolé qui proteste d’une attaque sexiste."

"Aujourd'hui, avec la loi sur la parité, on voit arriver un certain nombre de femmes notamment des plus jeunes, qui sont surprises de rencontrer des hommes comme Monique Pelletier l'a décrit. Parce qu'il y en a encore plein des comme ça, élus depuis 20, 30 ou 40 ans, à une époque où les femmes n'avaient pas le droit d'utiliser un chéquier. Ils voient arriver des femmes qui ont des revendications, qui sont ministre de la Défense... Dans la vie politique, qui n’a pas évolué au même rythme que la société, subsistent des attitudes d’un autre siècle", analyse encore Rama Yade.

La politique, milieu machiste car encore trop masculin? Si l'on considère que féminiser le personnel politique contribue à un plus grand respect des femmes, la France a une belle marge de progression. "La parité s’améliore: la France est le pays d’Europe où la parité progresse le plus", fait remarquer l'éditorialiste de BFMTV et RMC Hervé Gattegno sur le plateau de Pascale de la Tour du Pin. "Néanmoins, on est encore très très en retard. 26% des députés sont des femmes et c’est moins d’un quart au Sénat."

V.R.