BFMTV

Villejuif: l'assaillant a épargné l'une de ses victimes après lui avoir fait réciter une prière musulmane

Conférence de presse de Laure Beccuau, procureur de Créteil, le samedi 4 janvier 2020.

Conférence de presse de Laure Beccuau, procureur de Créteil, le samedi 4 janvier 2020. - Capture BFMTV

Lors d'une conférence de presse ce samedi, la procureure de Créteil a indiqué que des "ouvrages salafistes" ont notamment été retrouvés dans les affaires de l'assaillant, qui a tué une personne à Villejuif vendredi. Des déclarations qui ont précédé la saisine du parquet national antiterroriste, annoncée samedi soir.

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé ce samedi soir se saisir de l'enquête sur l'attaque au couteau de Villejuif perpétrée la veille par un jeune homme atteint de troubles psychiatriques et converti à l'islam, qui a fait un mort et deux blessées.

"Si les troubles psychiatriques importants de l'auteur des faits sont avérés, les investigations des dernières heures ont permis d'établir une radicalisation certaine du mis en cause ainsi qu'une préparation organisée de son passage à l'acte", mais aussi "démontré un parcours meurtrier réfléchi et sélectif de nature à troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur", explique le Pnat dans un communiqué.

Une victime épargnée pour avoir récité une prière

Une saisine qui apparaissait plus que probable, deux heures plus tôt, lors du point d'enquête réalisée par la procureure de la République de Créteil, Laure Beccuau. La magistrate est revenue en détail sur le parcours meurtrier de Nathan C., 22 ans, dans le parc des Hautes-Bruyères (Val-de-Marne) vendredi.

"Revêtu d'une djellaba bleu" et criant "Allahu Akbar", il a d'abord "accosté une première personne de façon violente" puis s'est arrêté sur un homme qui lui a dit qu'il était musulman. Il lui a alors demandé de "réciter une prière en arabe", a précisé Laure Beccuau. La personne a suivi l'ordre et a donc été épargnée.

L'assaillant s’est alors dirigé vers un couple, s'attaquant à la femme en la blessant au cou, puis s'en est pris "très violemment au thorax" de l'homme. Ce dernier a subi "une plaie transfixiante au niveau du cœur" et est mort des suites de ce coup. Une blessure si grave que la victime n'aurait pas pu être sauvée.Une troisième personne située, elle, dans la rue qui sépare le parc d'une zone commerciale, a ensuite été blessée au niveau du dos alors qu'elle "faisait un jogging". Par la suite, les forces de l'ordre ont appris que le mis en cause avait "menacé d'un couteau" la gardienne du parc et avait aussi blessé un Sans domicile fixe (SDF).

Un parcours “d'une extrême violence”

La magistrate a qualifié le "parcours" de Nathan C., "d'une extrême violence et extrême détermination". Face aux forces de l'ordre, il a refusé de se rendre et a mimé des gestes "qui ont pu faire penser qu'il était porteur d'une ceinture d'explosif", indique-t-elle, poussant les policiers à le neutraliser. Les témoins ont par ailleurs évoqué un assaillant particulièrement "calme".

Concernant le profil de l'individu, Philippe Bugeaud, directeur adjoint chargé des brigades centrales de la police judiciaire a précisé qu'il avait notamment été "identifié grâce à sa carte bancaire". Né en 1997 aux Lilas, Nathan C. avait des "antécédents judiciaires pas remarquables", puisqu'il était connu pour "usage de stupéfiants" lorsqu'il était mineur ainsi que des violences lors des manifestations pendant le mouvement Nuit Debout, a ajouté la procureure.

Sur sa personnalité, il avait "une haute capacité intellectuelle" mais a eu “un suivi psychiatrique très tôt", dès l'âge de 5 ans, a fait savoir sa famille. Il a eu de nombreuses "hospitalisations", dont la dernière s’est achevée en mai dernier. Le mois suivant, il a arrêté son traitement médical.

Une lettre dans laquelle il “s’auto-flagelle”

L'homme s'était converti à l'islam en 2017. Dans son sac à dos, plusieurs livres ont été retrouvés, le "Coran" mais aussi des "ouvrages salafistes". Une lettre, qualifiée de "départ ou testamentaire" par Philippe Bugeaud, a aussi été découverte dans laquelle il "s’auto-flagelle".

"Il sait qu'il va peut-être faire le grand saut", a fait remarquer le directeur adjoint. 

Plusieurs perquisitions se sont déroulées à son domicile, celui de sa compagne et de ses parents. Son appartement semblait avoir été quasiment "vidé" avant son passage à l'acte, ce qui pourrait confirmer un départ définitif. Aucun complice n’a été identifié à l’heure actuelle et "ses proches sont en totale collaboration avec la police".

L’une des questions à laquelle tente maintenant de répondre les enquêteurs est de savoir ce qu’a fait Nathan C. à partir du 2 janvier au matin, lorsqu’il n’a plus donné de signe de vie. De nombreux témoins doivent encore être auditionnés. Des éléments qui permettront sans doute d’être rapidement fixé sur la radicalisation de l’assaillant.

Esther Paolini